Insistance
Art, Psychanalyse, Politique


  • Insistance est un mouvement issu d'une impulsion : celle qui est requise par le désir de répondre de la façon dont l'hommecontemporain est endetté par rapport aux trois faces - le politique, l'art, la psychanalyse - à travers lesquelles un réel s'offre au dévoilement.C'est pour autant que le réel n'a pas d' « être » et qu'il n'advient qu'en tant qu' « ex-sistant » au symbolique, et à l'imaginaire, que sa transmission ne peut être que conflictuelle : tension entre l'art et le politique, entre l'art et la psychanalyse, entre la psychanalyse et le politique.C'est spécialement ce dernier conflit - encore qu'il ne puisse être séparé des deux autres - quiest l'enjeu de notre recherche.L'enjeu politique posé par les Droits de l'Homme n'est pas étranger à une question radicale que la psychanalyse reçoit de sa pratique : la fonction de la loi, en tant qu'interdit de l'inceste, est de s'opposer à ce que le droit à l'existence d'un sujet soit impossible. Mais si elle tend à s'opposer à ce qui peut défaire un sujet, elle ne lui dit pas pour autant ce qu'il doit faire pour devenir un existant.C'est en ce point où le sujet, tel l'hérétique, est seul et sans garantie, qu'il reçoit cette question : « De quel droit veux-tu exister ?
    Alain Didier-Weill


  • FORTUNE DE L'INSISTANCE : Piquée par les propos qui ne cessent de tromper en la présentant, l'Insistance parle d'elle-même : « A ceux qui me dissimulent sous l'apparence d'un sens et qui me rangent dans ce qui se mesure, je clame que j'échappe à tout plan et qu'il est impossible de me mettre à plat.Ma déclaration ne tient que du féminin d'où je viens. Je suis l'étrangère qui dérange, celle quiéchappe au rangement dans l'ordre, qui n'est pas à la botte de l'ordinal. Aussi, ne me trouverezvous pas dans le dictionnaire puisque je ne défile pas dans une collection de mots.Mon secret est hors deux, chiffre de l'amour.Heureux Cantor, le premier à reconnaître, dans les mathématiques, l'ex-sistence du Trois d'où je viens(t). Comme De Saussure et le Cercle de Prague qui ne savaient pas que l'inconscient est la condition de la linguistique, il attendait Freud.Mais il aura fallu Lacan pour que je ne sois plus étouffée dans sa voix.Vous m'objecterez qu'ils ne se sont jamais rencontrés. C'est vrai. Mais qu'importe, puisquel'espace et le temps où j'ex-siste n'obéissent pas au déroulement historique.C'est dans le peu de voix que je passe, entre les différentes portées d'une même partition, comme la musique.Je suis toute entière livrée à la fortune. »
    Jean Charmoille



  • La découverte d'une scène inconsciente derrière la scène manifeste du théâtre de la vie permet à l'acteur d'exister dans sa « présence » créatrice, fugitive mais insistante. Chaque artiste est un sujet re-présenté par son dire et son agir. Il en va ainsi pour chaque humain.
    Chez Platon, la « re-présentation » est conçue comme imitation (mimèsis) de la « présence ». Par conséquent, la représentation est, en tant que reproduction d'un réel absolu, une chose privée d'essence. Une telle conception de la représentation repose sur la notion métaphysique d'un réel caché dans des profondeurs et qui reste inaccessible. Sur la scène théâtrale, comme sur la scène de la vie, le réel advient à la présence, à travers une parole et un geste créateurs capables de relier le texte de l'auteur au texte inconscient de l'acteur.
    Le travail de l'analyste et celui de l'artiste visent à rendre présents des fragments de réel, qui restent inter-dits dans les paroles et dans les actes. Créer un lieu de présence, c'est concevoir une façon de dévoiler qui renonce à mettre l'essence à nu, puisqu'il ne s'agit pas de voir la vérité, mais d'entendre, de saisir quelque chose, peut-être une seule note, qui nous permet d'être là, de nous tenir droits, de parler.
    Pour sortir du Malaise du présent, il ne suffit pas de maîtriser notre vie et notre monde en les rendant plus calculables et pré-visibles, mais il faut apprendre à lâcher prise, à capter, par l'ouïe et par la vue, à « vouïr » les symptômes de notre civilisation souffrante. »
    Paolo Lollo



  • Insistance, un lieu d'aucun lieu, hors celui qui se définit comme nécessaire pour qu'il y ait du signifiant et par là du sujet de l'analysant, et par là de l'analyste... Un lieu d'aucun lieu d'où ne sortent les questions psychanalytiques de renouveaux créées par l'inconnu d'artistes... Un temps de mises en cause et notes d'un comment et d'où l'humain habite l'homme... D'un combien de temps, Encore... Et alors, sous quelles formes et pour quels enjeux d'entre lui et les membresd'une Insistance qui soit fondatrice.
    Claude Maillard



  • En tant que sujet, nous sommes pris, du fait de la langue, dans l'équivoque de deux insistances.Ce qui insiste du côté de la jouissance, d'une répétition mortifère, et ce qui insiste du désir qui nous fait exister. Existence toujours à raviver d'un acte car le ratage en est la mise.Insistance aux deux faces du sujet qui le fait scintiller dans l'éclipse alternée entre face jouissante et face désirante. La psychanalyse en fait entendre l'insistance.
    Le sujet existant entre dans la dette qui constitue le lien social, dette que l'échange universalise dans le politique et que l'artiste nous fait entendre, entrevoir, créant pour nous un espace où poser le pied au-dessus du gouffre de notre manque radical.
    Catherine Fava-Dauvergne

  • Insistant, celui qui par delà les "inhibition, symptôme et angoisse" est capable de maintenir, séance après séance, vive l'hypothèse que "là où c'était, je dois advenir".Insistant, celui qui tente de maintenir, séance après séance, cette impossible position du sujet supposé- savoir-qu'il-y-a-du-sujet.Insistant, enfin, celui qui, comme le rappelle Freud à plusieurs moments de son oeuvre, accepte de réinventer la psychanalyse, séance après séance, avec et pour chacun de ses patients, tentant de maintenir par là même un rapport au savoir inconscient acquis au cours de sa propre cure, non de suture mais d'ouverture.
    Jean-Michel Vivès



  • « Cela me mène à penser qu'il n'y a de véritable enseignement que celui qui arrive à éveiller une insistance chez ceux qui écoutent, ce désir de connaître qui ne peut surgir que quand ils ont pris eux-mêmes la mesure de l'ignorance comme telle - en tant qu'elle est, comme telle, féconde - et aussi bien du côté de celui qui enseigne. »
    Jacques Lacan



  • Pour ceux et celles qui sont allergiques à la forme de pensée académique et répétitive d'où rien de nouveau ni d'inouï n'advient, « INSISTANCE » ouvre vers ce minimum d'oxygène vital.Aussi, notre formation et déformation d'analyste se situe-t-elle résolument plus du coté de la transmission que de l'enseignement ; seul le désir énigmatique insistant en chacun de nous et vectorisant nos actes est au centre de notre action : ceci est une position éthique présentifiée dans nos Colloques. Oui, le désir inconscient insiste mais ne se répète pas, contrairement au symptôme dont la répétition est sui generis. L'instance surmoïque est reléguée, autant que possible, à son minimumstructural ; une place d'honneur, en revanche, est accordée au mot d'esprit.
    Charles Sarfati



  • Ce qui insiste, c'est la vie. Ce qui insiste, c'est la joie. La vie et la joie qui essaient de passer, grâce à l'amour, envers et contre tout, toujours et encore. Comme ce brin d'herbe se frayant un improbable passage entre deux dalles de béton. Là réside le véritable mystère. Pourquoi, comment la vie et la joie, portées par l'amour, peuvent-elles insister avec tant de persévérance, en dépit desmarées de sable de destruction, qui, par mégarde, effacent régulièrement leurs traces ? Ce mystère est si précieux, si délicat, comme la sensibilité humaine. Oeuvrons pour lui, sans cesse, créons, insistons !
    Cécile Chavel



  • Résistance, persévérance, répétition, récidive...Si la répétition amène à re-produire de l'identique sous les déguisements opportuns, « ce » qui Insiste convoque à l'acte de juger si oui ou non la personne, sollicitée de l'intérieur, va consentir à se risquer à produire du nouveau avec du constant. Paradoxe.Question : quelle est la nature de « ce » qui insiste ?Constant comme un thème donné, utilisé comme signature. Il s'agit du risque de créer, en acte, dans sa vie réelle, une version originale de la vie qu'il nous est donné de vivre par la naissance.Quelle est cette contrainte qui nous invite à être libre ?Cette vie nous la devons à ceux qui nous l'ont donnée, à charge d'être à notre tour des successeurs. La signature n'est pas une marque, bien que celle-ci puisse servir à cela.La signature c'est ce qui s'inscrit sous un acte original.
    Jacques Barbier



  • L'expérience analytique articule un double mouvement en forme de paradoxe. Si la scène de la loi écrite reste ouverte à l'inspiration personnelle de l'acteur, sa performance de parole relève néanmoins d'une filiation symbolique étrangère à la loi.C'est dans ce rapport dialectique et conflictuel que l'humanité élabore son histoire du sens. Ainsi, depuis la Révolution française, le défi des droits de l'homme n'échappe pas à ce double jeu de création ; comme si, à l'entrée du troisième millénaire, les Lumières obligeaient à passer par leur clôture d'ombre pour mieux revenir à la question insistante de l'aube : pourquoi pas la paix aujourd'hui ?
    Jean-Yves Montagu



  • Dans l'instance rien de moins qu'une sollicitation pressante : certainement "ça" qui nous poursuit.Nous y entendons déjà « l'insistance » : celle qui pousserait à chercher le surgissement de ce geste après lequel, d'un trait, il n'y aura plus d'avant. Plus de dessous non plus mais seulement l'insaisissable objet : de « l'inappropriable », forme irréductible au plus près de ce qu il y a, avec le cross cap, de « pontification » concentrique.L'instance donc d'un morceau de corps, peut être enfin, perdue. Il n'y aurait plus même alors à chercher à le contourner. Il n'y aurait plus qu'à l'oublier tant il ne s'agirait plus que d'éprouver un sens dessus dessous. L'acteur n'aurait plus qu'à "faire"... sans savoir ce qu'il est, en pleine défaillance du semblant. L'ex-sistence est alors, à l'état brut, le vécu de l'extrême petitesse parce toute distinction du dedans d'un dehors y est impossible. Voire même du dehors d'un autre dehors.  Le dedans d'un autre dedans, au fin fond d'une pratique, appelons cela, pour l'instant : incessante rumeur blanche.
    Christian Oddoux



  • Insistance c'est un bouleversement auquel on résiste. La vibration de la vérité qui parle en nous est alors éprouvée comme dangereuse parce que quelque chose s'y oppose qui veut l'interdire... car il y a résistance. L'écroulement de la résistance s'annonce comme bouleversement d'un monde construit sur l'image de moi-même par moi-même, la fin d'une clôture. L'Insistance disloque cette prétention imaginaire à l'unité ou à l'absolu. « Ce qui est poétique, c'est moins l'oeuvre que ce qui oeuvre... toujours la poïesis » [Ph. Lacoue-Labarthe/J.-L. Nancy, in L'absolu littéraire].
    Pascale Champagne



  • Je me suis souvent demandée pourquoi cette "Insistance" ? Je pourrais traverser la rive et me poser dans des eaux consensuelles et enveloppantes... D'autant que, pour tenir bien verticale de l'autre côté de la rive, il faut maintenir le mouvement, le maintenir vivant... Inconfort de la posture, soutien constant... risquer tout,se risquer, risque-tout ?Et en même temps acceptation d'un "se laisser jouer" par cette posture même, se laisser "turbulencer", traverser... Insister pour tenter de mettre en mots, en sons, souvent étrangers pour les autres, risquer l'hostilité, assumer la solitude... enfin !!!Insister, entrer en "insistution" comme on entre dans le désordre chaotique du tohu bohu, dans l'espérance improbable d'une création, d'un béréchit, qui en émergera... peut-être (avec ou sans trait d'union)... un chant... à chaque fois...
    Mitchélée



  • Insistance, statue, statique, statut et surgissement du signifiant «insistution»: «Eppur si muove!».Insistance à faire exister l'intime en intimant l'altérité à chaque instant. Eros, Thanatos et Insistance : capacité de se tenir debout à l'intérieur en pensant sans cesse au meurtre et à la disparition de «La chose» afin de créer et transférer en traduisant dans une autre langue, comme les poètes, la vie et la métaphore paternelle. C'est en tant que femme, analyste et sculpteur que, à l'instar de Pygmalion, j'habite ce signifiant en écoutant la violence du narcissisme originaire.Insistance à faire entendre, malgré le refoulement, le réel inhumain de la procréation qui pourtant ne cesse pas de ne pas devoir se produire.
    Tamara Landau



  • Insist...danse, je l'entendrais comme le debout, le debout du i, je l'entendrais comme un debout singulier dans le debout particulier du i, position première.Puis, comme un danseur qui ferait face en petits-pas, jambes et corps légèrement pliés à l'n, je le ferais glisser vers l's, bras s'entrelaçant en arabesques. Puis, reprenant légèrement ses appuis en une i surrection plus minuscule qu'au départ, je le ferais plonger en-dedans avant d'amorcer un s royal rebondissant en pirouettes dans le t, et l'abandonnant un temps à sa barre, perdu dans l'ance d'ungrand développé, je le laisserais, dans une série d'échappés battus enveloppés en-dehors et de battements un peu fous, terminer son écriture dans l'attente et l'écoute d'une nouvelle inspiration, un bras tendu vers la pointe hypothétique et suspendue du i, au début.
    Marc Bonnet




  • LA ROUE ET LE COQUILLAGE : Sur la plage, un enfant fait et refait la roue. Il s'arrête, appelle sa mère, insiste. Enfin celle-ci entend, regarde. Il fait la roue. Elle sourit. Tant qu'elle n'a pas regardé il n'a fait que répéter. Sous le sourire qui confirme, il a fait la roue pour la première fois. Il peut maintenant passer à autre chose.En musique, on vise l'éternité en... répétant. Quand le public confirme, c'est la première fois.Combien de temps l'inconscient peut-il répéter avant d'être entendu ? Si, comme on le dit, il n'a pas de temps, cela peut durer longtemps... Toujours ? Encore ? Et encore ? Jusqu'à la première fois...L'enfant porte un coquillage à son oreille, et sourit soudain. L'océan qu'il entend est plus vaste que celui qu'il voit : il résonne dans l'abîme du temps. L'enfant ignore pourtant que son oreille scelle en ses profondeurs obscures un coquillage sans coquille, baignant dans un liquide proche de l'eau de mer, vibrant au moindre son ; que ce qu'il entend alors, c'est le coquillage écoutant sa coquille.Tout à l'heure il criait pour être entendu. Là, ce sont les vagues des siècles qui insistent...
    Dominique Bertrand


  • POUR UN OUI, POUR UN NON
    duo pour Insistance et Pulsion invocante
    Pour un oui, pour un non :
    - Insistance d'un cri de nourrisson qui crisse sur les vitres embuées par ce souffle de détresse.
    Une berceuse répète sa mélopée enjôleuse, recouvrance de ce premier appel.

    Pour un oui, pour un non :

    - Insistance d'un « ça !» balbutié aux rebords de lèvres d'enfant, et accroché au bout d'un doigt tendu vers l'objet de toutes ses convoitises.

    « Non c'est non ! Inutile d'insister ! Un enfant bien élevé doit savoir se taire », répète la grosse voix des bonnes manières.

    A cause de ce oui, à cause de ce non :

    - Insistance anarchique des symptômes qui lancent leurs pavés dans les murailles de la parole aphoniée, mutique, emmurée, qui joue sa survie à quitte ou double.

    « Qu'avez-vous à déclarer ? De quel droit dites-vous non ? », répète la clameur insistante du clameur social, chargé de guérir ce symptôme d'un certain malaise.

    Pur ce oui, pourri ce non :

    - Insistance d'un « entre les deux, mon coeur balance », « entre les deux ma vie d'adulte chavire »,

    « entre les deux ma demande d'analysant hésite ».

    De l'autre côté du divan, Insistance du « silence » de l'analyste promu au rang du « rien », face à cette demande qui se fourvoie hors des ornières creusées par le désir qui s'ignore ... pour l'instant

    Pour ce oui, en son Nom :

    - Insistance de cette pulsion invocante, qui quittant les étiages de l'inconscient, se risque alors sur d'autres scènes, pourvoyeuses d'une parole élevant le sujet au statut d'homme invoqué et invoquant.

    Au risque de se faire pulsion provocante contre le malentendu de l'écoute, et pulsion révoquant du non mortifère...

    Claire Gillie