Insistance
Art, Psychanalyse, Politique

Acte Analytique, Acte Juridique


 1. L’émergence de l’acte analytique; 2. Son ouverture au féminin; 3. La mesure de l’acte juridique

Jean Charmoille

1. L’émergence de l’acte analytique


Le langage fait de l’humain un être parlant pris comme sujet dans une affaire de discours.
Un évènement sans précédent a émergé il y a plus de cent ans, lien social nouveau, promu par
Freud et appelé par Lacan : discours analytique.
Les trois liens sociaux qui prévalaient, discours du maître, discours universitaire et discours
hystérique ne pouvaient que récuser ce nouveau venu.
Avec l’émergence de ce nouveau lien social, un avènement historique se produit puisqu’il n’est
plus possible de parler de la psychanalyse autrement que comme expérience de discours à partir de
l’écriture de quatre lettres pouvant occuper quatre places, et de deux barres.
L’accent mis sur la lettre au détriment du sens met au pinacle le réel du rapport sexuel et confirme
la découverte de Freud dont Lacan passe la mathématique.
L’écrit de cette écriture permet à la voix de Freud de ne plus être étouffée et, par voie de
conséquence, au psychanalyste d’ex-sister en analyste.
Comment rendre compte actuellement de ce rendez-vous de l’Histoire avec un (e) grand (e) H,
initié par Freud et nommé par Lacan « acte analytique » ?
J’avance avec précaution trois éléments :
1. La psychanalyse rend présente la présence du poumon artificiel qui arrache l’être parlant à
l’asphyxie causée par les trois autres discours.
2. Le psychanalyste a pour fonction d’assurer la jouissance qu’il faut pour que l’histoire continue,
autrement que sous la direction du déterminisme psychique inconscient.
3. Il en résulte qu’un sujet puisse être pris dans le tiraillement entre le réel qui peut se faire
entendre pathétique-ment chez l’être parlant dans la cure, et le réel qui « se jouit » chez celui qui
chante, par exemple, le bel canto italien du XIXème siècle.


2. Son ouverture au féminin
A partir de ce qu’il entend sur la sexualité et l’amour du père chez les hystériques qui souffrent de
symptômes, Freud transmet que le psychanalyste opère par la parole et seulement par la parole.
La découverte de ce qu’il nomme « Unbewusst » est rendue possible par le fait que parler permet
que se donne une Autre scène dans le transfert dans un acte où la valeur du langage est au premier
plan.
Lacan avance à partir de Freud mais en tenant compte de ce qui l’a empêché de mathématiser sa
trace, son souci d’accrocher la psychanalyse au wagon de la science.
A la différence des ses épigones fixés par les dits du maître, il transmet le dire de l’analysant Freud
en train de déchiffrer.
L’être de signifiance qui est substitué à la dialectique de l’être philosophique ne tarde pas à
résonner dans le séminaire Encore : « Le signifié, ce n’est pas ce qu’on entend. Ce qu’on entend,

c’est le signifiant. Le signifié, c’est l’effet du signifiant » (9/01/1973) « Le signifiant se situe au
niveau de la substance jouissante » (19/12/1972).
L’analysant Lacan parie sur l’incalculable qu’est le réel de la jouissance et sourit affectueusement
aux propos d’Einstein et de Freud discourant à perdre haleine sur « Warum Krieg ? ».
Il est en direction du réel du rapport sexuel qu’il baptise sexuation. Il en écrit les algorithmes,
quatre comme pour les discours, à partir de lettres puisqu’il sait qu’elles mènent le bal sur la scène
de la jouissance.
Il lance aux psychanalystes la réponse à la question de Freud qui n’en peut mais, « Was will das
Weib ? » en s’appuyant sur quatre nouvelles modalités logiques du discours :
- le nécessaire, ce qui ne cesse pas de s’écrire.
- l’impossible, ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire.
- le contingent, ce qui cesse de ne pas s’écrire.
- le possible, ce qui cesse de s’écrire.
Le nécessaire recouvre l’impossible, comme en témoignent les deux discours qui s’entendent
comme roi et reine, le discours du maître et le discours universitaire ; et l’être parlant tourne en
rond à défaut de rendre possible le possible.
La modulation tonale résonne le 21 mai 1974. « Le point où j’en suis, c’est simplement quelque
chose, le tour, n’est-ce pas, le cercle que vous voyez ici dessiné, c’est qu’il y a un lien – mais il
s’agit de savoir lequel – entre le sexe et la parole. »
Si, au dire de Freud, le psychanalyste opère par la parole et seulement par la parole, la parole
comme moyen opère du fait de son lien particulier avec le sexe. Et le transfert en est l’effet.
Le féminin devant qui Freud se prosterne est la part de l’être parlant, qu’il soit sous la bannière
homme ou femme, qui peut entendre le réel de la jouissance qu’il faut, justement parce qu’elle est
celle qu’il ne faut pas.
L’acte analytique est toujours nouveau comme lien social de n’émerger que du réel du sexe :
« L’être sexué ne s’autorise que de lui-même et de quelques autres. »


3. La mesure de l’acte juridique
L’acte juridique obéit à la modalité du nécessaire.
Fondé sur le rejet du réel du sexe et de sa modulation où se donne à entendre le féminin, il met à
plat la jouissance pour la mesurer.
Il en définit le droit en s’appuyant sur l’usufruit qui condense l’usage et la jouissance : jouir certes,
mais à condition de ne pas abuser.
Il prévoit le code des limites de la jouissance.
Il ne dispose pas du mot de passe qui ouvre à l’illimité. Le sait-il ?
Le psychanalyste n’est pas sans savoir ce savoir.