Insistance
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Berlusconi, l’homme qui a mis le spectacle à la place de la politique


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MARTIN RUEFF
Monde 17/09/2009

...D'abord, sa richesse. Ses sources comme ses effets sont dévastateurs. Silvio Berlusconi est l'homme le plus riche d'Italie. Ce fait devrait déjà inquiéter, quand le pouvoir économique et le pouvoir politique se confondent, la démocratie court un danger (Tocqueville: «Lorsque les riches seuls gouvernent, l'intérêt des pauvres est toujours en péril»). Or, les sources de la richesse de Berlusconi sont criminelles. Berlusconi n'a rien du self-made-man. Il vient des milieux les plus véreux de la politique italienne. Sa prouesse a été d'avoir su émerger de l'opération mani pulite [mains propres, ndlr] - qui avait essayé de mettre fin à la corruption de la vie politique italienne - comme sa solution alors qu'il avait été une des causes du mal et restait une de ses expressions les plus parfaites.

Les effets ne sont pas moins graves que les causes. Ils sont réels et symboliques. Réels quand Berlusconi achète une partie de la classe politique italienne - on dit même, dans ce pays où l'ironie est souvent le manteau de la lâcheté: «Avant, Berlusconi achetait des gens, maintenant, certaines personnes sont prêtes à payer pour se vendre.» Symboliques quand Berlusconi détruit le tissu de la société par une culture de l'argent facile...

Par MARTIN RUEFF poète, critique, professeur de littérature et de philosophie à Paris et à Bologne