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VOIX « FLAGELLEE », VOIX « TRANSFIGUREE »
Claire Gillie
2010
Résumé
La voix n'a de cesse de jouer avec les limites du corps pour les transgresser jusqu'à le mettre
en péril : dans l'aphonie, le visage déserté par la parole n'est plus que masque ouvert sur la
béance du « rien qui sort ». Sur la scène lyrique, comme sur la scène ethnomusicologique,
c'est la mort aux trousses que la voix vient parer les paroles de ses plus beaux atours
musicaux ou des pires monstruosités invocatoires. Possédé par « la voix de l'autre », le sujet
s'exhibe dans son propre dénuement vocal pour n'être - le temps du concert ou le temps d'un
rite - que travesti vocal. N'en est-il pas de même sur la scène politique, la scène religieuse, et
bien d'autres encore, où des vetos sont promulgués pour interdire toute jouissance vocale qui
viendrait troubler l'ordre social, condamnant ainsi la voix à une forme d'errance perpétuelle ?
Un détour par la sociologie et l'anthropologie nous montrera que la voix, en quête pourtant de
signature vocale, semble se rebeller devant toute assignation vocale. Refusant tout passeport
vocal, elle vit en marge du corps et de la parole, mais aussi de « l'horizon d'attente » (HR
Jauss) ou de « l'hospitalité » (M.Bellet) que représente l'écoute de l'autre. Face au risque de
la perte, face aux tentations d'identifications vocales émanant « des autres », face à un « idéal
de voix » influencé par les phénomènes de sociétés, la psychanalyse nous rappellera que
derrière la « voix de nature » et la « voix de culture », existe une « voix de structure ».
Paradoxalement silencieuse, cette voix pulsionnelle - déjà décrite par Marcel Mauss avant
que Lacan la conceptualise en tant que « pulsion invocante » - c'est celle de « l'Autre » qui
fait de nous des êtres plus « parlés » que « parlants », passagers clandestins de notre propre
parole. A moins que ...

