Insistance
Art, Psychanalyse, Politique

EMBOBINER LA PULSION DE MORT


PRE-COUP (5) 
ACTE n° 2: Embobiner la pulsion de mort
Séance préparatoire du 19 octobre 2009
au colloque CONVERGENCIA des 13 et 14 février 2010
«Que peut-on attendre / espérer d'une psychanalyse?»

Bamboozling the Death Drive
Preparatory Session
For the Convergencia Conference of February 13-14, 2010
"What can we hope for/expect from a psychoanalysis?"


Claude Rabant
19-October-2009 Preparatory Session

Embobiner la pulsion de mort

Ziel: but, fins, visées, cible... Comment définir le but d'une psychanalyse? Comment déterminer l'espérance susceptible de focaliser une aussi longue attente? Un tel but est-il assignable? Si un tel programme existe, il sera nécessairement à plusieurs entrées, à plusieurs niveaux, à plusieurs chutes.

On pourra mettre ici en exergue, pour suggérer d'emblée la diversité de cette attente et les variables négatives qui la sous-tendent :

- Héraclite, fr. 18: «S'il n'attend pas, il ne découvrira pas le hors d'attente, parce que c'est chose introuvable et même impraticable. »[1]

- Philip K. Dick: «...Mais on ne peut pas transformer un humain en androïde si cet humain a tendance à enfreindre la loi dès qu'il en a l'occasion. L'androïdisation exige l'obéissance. Et, par-dessus tout, la prévisibilité. »[2]

- Walter Benjamin: «Organiser le pessimisme signifie... dans l'espace de la conduite politique... découvrir un espace d'images.»[3]

- Freud: «L'inconscient est le psychique proprement réel (Reale), selon sa nature interne aussi inconnu (Unbekannt) pour nous que le réel du monde extérieur et, à travers les data de la conscience, aussi incomplètement donné à nous que le monde extérieur par les indications de nos sens.»[4]

L'humain, c'est l'imprévisible, par opposition à la prévisibilité mécanique (androïde). L'objet même de l'attente se découvre dans l'inespéré, le hors d'attente, cette «chose introuvable et même impraticable». Découvrir par là un «espace d'images» (des points d'intensité [5]) permet d'organiser le pessimisme ou le désespoir, par une conduite active (politique), et non par la contemplation seule, précise Benjamin. La découverte de l'inconscient se noue sur cet ombilic obscur et impraticable: un réel inconnu qui nous est aussi inaccessible que le réel extérieur, aussi incomplètement donné à nous par la conscience que le monde extérieur l'est par nos sens. Et néanmoins, là est le but. Affichons donc à l'entrée cette constellation négative (comme des mains empreintes sur une paroi): inespéré, hors d'attente, imprévisible, impraticable, boule de feu, inconnu, réel.

Freud pose la question du but de l'analyse en termes de tâche -Aufgabe -, ce qui n'est pas sans évoquer pour nous «la tâche du traducteur», que Benjamin examine dans un texte célèbre[6]. On sait le rôle que Freud a assigné d'emblée à la traduction au cœur de la méthode psychanalytique (depuis la fameuse Lettre 52, numérotée désormais 112 dans la nouvelle édition des Lettres à Fliess). Cette tâche de traduction[7] est mise en tension dialectique avec une exigence, voire un idéal, qui en définit les termes et les limites. L'exigence (plutôt que l'espérance) qui guide le déroulement d'une psychanalyse est vouée dès lors à rencontrer sur son chemin toutes sortes de résistances, d'obstacles et d'erreurs possibles, de faux-pas ou d'impasses, de sorte que ce qu'on doit attendre d'abord et avant tout d'une psychanalyse, ce sont ces embûches et ces entraves (Hemmungen), qui décideront finalement de son destin. A cet égard, la pratique de l'analyse est bien un métier, une conduite active et risquée, avec ses réussites et ses échecs, qui exige expérience et savoir-faire.

Du point de vue de l'exigence elle-même, en tant qu'idée régulatrice, pour parler comme Kant, il faut admettre une double entrée, et par suite une double issue: l'une exotérique, l'autre ésotérique. L'exotérique est pragmatique et relève de la demande des patients; l'ésotérique est scientifique et relève de la philosophie des Lumières. Il y aura donc une exigence (une tâche et une espérance) minimale, qui se règlera sur l'attente de l'analysant et sur ce qu'on pourra appeler son confort vital ou sa tolérance à la souffrance, qui visera l'apaisement de ses symptômes, sinon leur suppression. Cette fin est relative et peut se calculer selon le double programme de la nécessité vitale elle-même: aimer et travailler (selon la formule attribuée à Freud - mais nous verrons ci-dessous qu'il dit les choses un peu autrement). Autrement dit, lever l'hypothèque du symptôme pour autant qu'il empêche de vivre. Et d'autre part il y aura une exigence (une tâche et une espérance) maximale, qui se règlera, non plus sur la seule nécessité vitale et la réconciliation des individus avec eux-mêmes et avec leur histoire, mais sur l'appel théorique de la psychanalyse à devenir elle-même, ce qu'on pourra nommer sa tâche historique. Cette dernière concernera éminemment les analystes ou ceux qui veulent le devenir, en inscrivant la psychanalyse dans un programme plus général d'évolution de la culture et de «progrès» de la civilisation . En dernier ressort, elle se fixe une ambition collective, qui sera de contribuer à «civiliser les pulsions.»

En 1904, dans Die freudsche psychoanalytische Methode[8], Freud, décrivant à la troisième personne (comme souvent en la matière) le principe de sa méthode, en attribue la paternité conjointe à Breuer et à lui-même: «La méthode originale de psychothérapie que Freud pratique et caractérise comme psychanalyse, est issue de la méthode dite cathartique, qu'il a exposée en son temps conjointement avec Breuer dans les Etudes sur l'hystérie en 1895. La thérapie cathartique était une invention de Breuer, lequel, grâce à elle, avait guéri une malade hystérique une dizaine d'années auparavant et avait pu ainsi pénétrer la pathogenèse de son symptôme. Suite à une incitation personnelle de Breuer, Freud reprit la méthode à son compte et la mit à l'épreuve sur un grand nombre de malades»[9]. Dans la logique originaire de cette thérapeutique (dont, notons-le, Freud tient à assurer la filiation scientifique -la «traçabilité» objective, dirions-nous aujourd'hui), «on ne s'assignera jamais rien d'autre comme but du traitement (Ziel der Behandlung) que la guérison pratique du malade (die praktische Genesung des Kranken), le rétablissement de sa capacité d'agir et de jouir (die Herstellung seiner Leistungs- und Genussfähigkeit)»[10]. Il semble que la formule généralement attribuée à Freud pour définir le but commun d'une analyse, son espoir ordinaire - aimer et travailler, provienne de ce passage, car on n'en trouve nulle autre trace ailleurs. Or on voit qu'il y a une double nuance importante par rapport à ce qui s'en est colporté: non pas travail (Arbeit) mais Leistung: capacité d'agir, production en général, accomplissement, voire exploits; et non pas amour, mais jouissance (Genuss). Ce qui nous conduit à Vergänglichkeit, ce texte de 1914 où Freud oppose à la mélancolie du jeune poète un plaidoyer en faveur de la «jouissance» du présent, en dépit de son impermanence. Le même terme de Genuss y apparaît, et le travail, s'il y en a un, sera celui du deuil, comme source d'un renouveau de la libido - cette «capacité d'aimer», dont la mesure est comptée à chacun, mais qui s'articule en «capacité de jouir».

Voilà ce que j'ai nommé plus haut l'exigence pragmatique minimale ou minimalistede la psychanalyse, au regard de la seule nécessité vitale du patient. Laquelle exigence se teinte, sous la plume de Freud, d'une singulière modestie, à la mesure de son idéal même. Techniquement, cet idéal pratique (tâche de la cure -Aufgabe der Kur) consisterait en effet à lever tous les refoulements, combler toutes les lacunes de la mémoire et lever toutes les amnésies, éclaircir tous les effets énigmatiques du symptôme psychique, et par suite empêcher tout retour de la souffrance. En somme, vaincre définitivement les résistances et permettre à l'inconscient de s'ouvrir à la conscience. Or, conclut Freud, «il ne faut pas oublier qu'un tel état idéal n'existe pas même chez l'homme normal, et qu'il est bien rare que le traitement puisse être poussé assez loin pour s'en approcher»[11].

Quelles que soient les limites pratiques imposées à la tâche du psychanalyste, il n'en reste pas moins qu'il est pleinement légitime d'invoquer l'élargissement (Erweiterung) de notre champ d'action thérapeutique[12]. Or, Erweiterung est le terme général sous la rubrique duquel Freud place le pouvoir d'action et d'interprétation de la psychanalyse -par exemple dans ses Préfaces aux éditions successives des Trois essais. «Malgré toutes ces limitations, affirme-t-il ici, le nombre des personnes qui relèvent de la psychanalyse est extraordinairement élevé, et l'élargissement de notre pouvoir thérapeutique (die Erweiterung unseres therapeutischen Könnens) par cette méthode, selon les dires de Freud, est tout à fait considérable»[13]. Ultérieurement, dans les Nouvelles conférences, Freud affirmera, avec le fameux «Wo es war, soll Ich werden», qu'il s'agit de conforter le moi et de le rendre plus indépendant du Surmoi, de manière à lui permettre de conquérir et de s'approprier de «nouveaux fragments du Ça»[14]. Toujours l'élargissement et la conquête de nouveaux territoires...

En 1905, dans Ueber Psychotherapie[15], Freud reprend la même thématique esquissée un an auparavant, de façon un peu plus développée. C'est dans ce texte qu'on trouve la citation de Hamlet: «Tudieu! Pensez-vous qu'il soit plus facile de jouer de moi que d'une flûte?» (acte III, sc. 2). Ce que Freud reprend: «Il n'est guère facile, en effet, de jouer de l'instrument psychique»[16]. Entre parenthèses, c'est peut-être un des seuls passages où Freud se réfère à la musique, lui qui, disait-il, n'y entendait rien! Va donc, au moins dans cette métaphore, pour la musique et l'interprétation sérielle de la tâche analytique...

Dès cette époque, la psychanalyse n'est pas totalement séparée de l'éducation. Plus exactement, Freud avance dans ce texte de 1905 le terme de Nacherziehung - d'éducation après-coup, qui persistera jusque dans les derniers textes. Il y a, dans la tâche de l'analyste, une part de «Nacherziehung» - d'éducation à retardement. A vrai dire, il s'agira plutôt d'une «contre-éducation»[17] ou d'une déconstruction, car s'il est vrai que la vie sexuelle du sujet soit spécialement en cause dans la nécessité de ce «retour sur éducation», c'est que «nulle part ailleurs la culture et l'éducation n'ont causé autant de ravages que là, et que c'est là aussi que se trouvent, l'expérience vous le montrera, les étiologies maîtrisables des névroses; l'autre facteur étiologique, l'élément constitutionnel, étant pour nous une donnée inamovible» [18]. L'analyse butte alors sur la Sexualabneigung - l'aversion du sexuel, et l'incapacité d'aimer - die Unfähigkeit zum Lieben, propres au névrosé. Seule la déconstruction des ravages de l'éducation peut offrir un espoir de changement.

En 1915, Freud ajoutera que cette éducation après-coup est une éducation par l'amour[19]. L'œuvre à accomplir (Erziehungswerk), c'est le passage (progrès) du principe de plaisir au principe de réalité - «Fortschritt vom Lustprinzip zum Realitätsprinzip», retard ou différance, si l'on peut dire, par échange (ou renoncement) d'un plaisir immédiat pour un plaisir plus lointain mais plus sûr. Ou encore, passage de l'enfance à l'homme mûr (der reife Mann).Mais comment? Si la raison parle d'elle-même en chacun, sans que l'analyste ait à y redire, encore faut-il que ses commandements passent par la voix d'un autre. L'analyste alors «endosse le rôle de cet autre efficace; il use de l'influence qu'un être humain exerce sur un autre» - ou plus exactement, «le médecin se sert dans son œuvre éducatrice de certaine composante de l'amour. Il se contente vraisemblablement dans son éducation après coup de répéter le processus qui a rendu possible en général la première éducation. A côté de l'urgence vitale (Lebensnot), l'amour est le grand éducateur[20], et l'être humain prématuré est poussé par l'amour de ses proches à prendre acte des décrets de la nécessité et à s'épargner les sanctions de leur transgression»[21].

C'est devant les psychanalystes réunis en 1910 au Congrès de Nuremberg, et à leur adresse, que Freud avance le terme d'espérances: Hoffnungen[22], en le reliant aux chances et à l'utopie qu'incarne peut-être la psychanalyse. Nous entrons ici dans le champ de l'ésotérique. Cette conférence permet de comprendre plus précisément le passage de l'exotérique à l'ésotérique, et de situer la place de l'exigence des Lumières dans la tâche du psychanalyste, telle que Freud l'entend alors. Il ne s'agit plus cette fois de la seule exigence pragmatique dont l'analyste se charge au regard de la détressede tel patient, à qui l'on veut rendre l'existence plus tolérable, il ne s'agit plus d'une tâche thérapeutique locale, mais d'une Allgemeinwirkung, d'une tâche globale en relation avec une action universelle ou universalisable. Et c'est en elle que nous mettons nos espérances. «Enfin je dois vous expliquer ce que j'entends par "Allgemeinwirkung" - l'action universelle de notre travail, et comment j'en viens à placer des espérances en elle»[23].

Ces espérances relèvent peut-être d'une utopie -«cet espoir vous paraîtra peut-être utopique»[24] - car elles impliquent un saut de l'individuel au collectif. Elles impliquent, non seulement la foi dans notre «pouvoir thérapeutique», mais la croyance dans la toute-puissance de la vérité scientifique. On a là un moment d'éblouissement freudien par la puissance éclatante de la vérité. La psychanalyse éclairant les masses et chassant les démons, voilà soudain ce qui apparaît à Freud dans une aperception d'éclair, une illumination qu'il confie aux disciples rassemblés. Bien loin de la modestie dont il fait preuve lorsqu'il s'adresse à des non-initiés, voici qu'il investit les initiés d'une tâche surhumaine, qui se réclame explicitement de l'Aufklärung, et qui place dans le dévoilement d'une vérité scientifique l'espoir de changer l'humanité. Nous sommes en 1910. A la même époque, tout un courant pédagogique, dit de «pédagogie nouvelle», espérait transformer l'humanité en substituant à l'éducation répressive une éducation libérale plus intelligente (Montessori, Freinet, etc). Des êtres élevés avec douceur et sans violence devaient répandre à l'avenir cette douceur dans toute la société et faire d'elle une société sans violence. Les choses vont bien changer à partir de 1915!

Le raisonnement de Freud était simple: le dévoilement des ressorts pulsionnels du symptôme chez l'individu en analyse permet de dissoudre ledit symptôme, en levant la Verleugnung (déni) qui le constitue à son origine et le perpétue par la suite. «Vous savez que les psychonévroses sont des satisfactions substitutives déplacées de pulsions que l'on doit dénier (verleugnen) par devers soi et devant les autres»[25]. Transposez ce principe à la société tout entière, et vous pourrez espérer guérir ladite société de ses démons (böse Geister). «Dès lors, mettez à la place de l'individu malade l'ensemble de la société malade de névroses, composée de personnes malades et saines, à la place de la solution dont nous venons de parler, supposez qu'une telle hypothèse soit universellement reconnue (allgemeine Anerkennung), un bref raisonnement vous montrera que cette substitution ne changera rien au résultat final. L'issue à laquelle la thérapie peut aboutir chez l'individu doit s'avérer aussi dans la masse. (...) La divulgation du secret aura attaqué à son point crucial"l'équation étiologique" dont procèdent les névroses, rendu illusoire le bénéfice de la maladie, et abouti finalement ... à supprimer la production morbide. (...) Que feront les gens si leur fuite dans la maladie est barrée par les indiscrètes révélations (Aufklärungen) de la psychanalyse? Ils devront être sincères (ehrlich), reconnaître les pulsions qui se sont éveillées en eux, tenir bon dans le conflit, combattre ou renoncer, et la tolérance de la société qui, inévitablement, découlera des Lumières psychanalytiques (psychoanalytische Aufklärung), leur viendra en aide.»[26]

Conclusion générale à l'adresse des psychanalystespour les encourager dans leur lutte: «Je ne voudrais pas vous quitter sans vous laisser l'assurance que vous faites votre devoir à plus d'un titre lorsque vous traiter psychanalytiquement vos malades. Vous ne travaillez pas seulement au service de la science en utilisant la seule et unique opportunité de pénétrer les secrets de la névrose; vous n'appliquez pas seulement à votre malade le traitement le plus efficace qui soit aujourd'hui contre ses souffrances; vous apportez aussi votre contribution aux Lumières de la masse (Aufklärung der Masse), dont nous attendons (erwarten) la prophylaxie la plus radicale des maladies névrotiques par le détour de l'autorité sociale. »[27] Erwarten est le dernier mot du texte.

En 1915, tout change, du fait de la guerre qui n'en est pourtant encore qu'à ses débuts. Freud quitte ce ton de triomphalisme conquérant, sans abandonner pour autant toute espérance -nous ne sommes pas encore à l'entrée des Enfers! Il faut par force abandonner ce ton de triomphe[28] qui impliquait, non seulement la foi dans la vérité psychanalytique, mais une confiance dans la vertu des institutions sociales. La prophylaxie entrevue au bénéfice des masses supposait à la fois la toute-puissance de la vérité scientifique dévoilée par la psychanalyse, et la médiation bienveillante des autorités sociales pour en assurer la diffusion. Il est clair que les leçons de la Première Guerre mondiale interdisaient désormais un tel optimisme pédagogique. La conséquence la plus remarquable dans l'évolution de la théorie freudienne concerne les pulsions. La face cachée de cet optimisme d'avant-guerre était en effet la croyance en une vertu positive des pulsions: il suffisait d'en dévoiler l'existence à la racine du symptôme, de lever le déni qui les masquait au sujet comme à son entourage, pour entraîner, non seulement la guérison du symptôme, mais la généralisation de la paix sociale par la libération des pulsions et la tolérance collective étendue à leurs manifestations. Telle était alors, pour Freud, la triple dimension impliquée par l'Aufklärung psychanalytique. Or, les pulsions dévoilées pas la guerre sont tout autre chose que ces instruments de guérison et de paix invoqués par les espérances freudiennes. Il faut bien que le dévoilement opéré par la guerre sur les abîmes absurdes et féroces de l'être humain accompagne désormais comme son ombre damnée les Lumières de la révélation psychanalytique. De plus en plus, les pulsions sont elles-mêmes porteuses de ces esprits malins (böse Geister) qu'elles étaient censées chasser par leur libération joyeuse. Jusqu'à ce que le Mal qu'elles incarnent se concentre peu à peu dans le concept de Pulsion de mort, tour achevé en 1920, rassemblant désormais sous ce chef les puissances de destruction et de mort dont Schopenhauer apparaît alors comme le premier héraut - «la vie n'a d'autre but que la mort et toute pulsion le retour à l'état anorganique.»

Pour aller vite, toute la conception du processus civilisateur s'en trouve désormais bouleversée, et par conséquent, du fait de ce bouleversement, le programme pédagogique de la psychanalyse se trouve lui-même profondément modifié et restreint. Le grand dévoilement des Lumières psychanalytiques est obscurci désormais par cette Nuit qui est tombée sur l'Europe, ne laissant que les lueurs d'une espérance beaucoup plus modeste, dont on trouve trace notamment dans le fameux échange de correspondance avec Einstein, à l'instigation de la Société des Nations. Ces lueurs, on pourrait, à l'instar de Georges Didi-Huberman, qui en reprend le terme à Pasolini, les appeler des «lucioles», ces petits êtres luminescents qui parsèment parfois la nuit de leurs clignotements amoureux[29]. A partir de 1915, les espérances de Freud sont des «lucioles», des survivances de l'Aufklärung psychanalytique effondrée. Nommément, il s'agira, d'une part de reconnaître la nécessité d'un «domptage» (Bändigung) des pulsions par l'éducation et la pression sociale - domptage toujours réversible et superficiel; d'autre part, d'admettre la possibilité, réservée dès lors à une élite, d'effectuer une véritable «civilisation» des pulsions en profondeur, un «ennoblissement» de ces pulsions. Cette mutation (Umwandlung) dans la nature des pulsions se traduira en ce cas par une mutation inédite dans la physiologie des individus eux-mêmes (correspondance avec Einstein à propos du pacifisme). Tout en maintenant, par ailleurs, l'attente de l'inespéré et du hors d'attente, de l'imprévisible, à savoir les transformations profondes de la société elle-même, que Freud, nonobstant, ne cesse d'appeler de ses vœux (moins de dureté envers les individus! moins de répression et de sacrifices inutiles, et partant, moins d'hypocrisie!), on ne peut plus, désormais, se faire d'illusion sur la capacité de la psychanalyse à y contribuer sensiblement, à en être le levier radical. A l'optimisme scientifique positiviste d'avant-guerre succèdent une éthique plus stoïcienne, un pessimisme sans aigreur: organiser le désespoir en déployant un «espace d'images» à travers un champ politique[30]. S'il n'y a plus rien à attendre des «autorités sociales» pour faire de la psychanalyse une prophylaxie collective, l'espérance recule d'autant à l'horizon, mais la nécessité de maintenir ouvert un tel champ politique (institutionnel) pour déployer cet «espace d'images» et garantir le «pouvoir thérapeutique» de la psychanalyse n'en est que plus vive et plus instante. Certes, il n'y a plus beaucoup d'espoir de voir soigner à grande échelle la source collective des névroses, mais il reste ces lucioles du «traitement psychique» (Seelenbehandlung). Et si les névroses sont devenues en quelque sorte la pâture quotidienne de la «société du spectacle», peut-être est-ce la raison pour laquelle il a fallu se tourner dès lors vers les psychoses, leur traitement et leurs enseignements, pour créer des lieux de résistance? Soit le programme qui a été celui de la 2ème moitié du XXe siècle, avec Lacan et la psychothérapie institutionnelle..

Dans ses tout derniers textes, notamment Die endliche und die unendliche Analyse[31], (1937), Freud mettra la dernière touche à cette évolution: non seulement il n'est pas question que le psychanalyste puisse véritablement «finir» sa tâche, mais «finir» n'est pas concrètement à sa portée. Il ne peut que constater l'arrêt de facto de son travail, au point où chez les patients, hommes et femmes, surgit inexorablement le refus de la sexualité, depuis longtemps pointé comme Sexualabneigung, refus qui se précise en «rejet de la féminité», qui retourne finalement l'amour de transfert en résistance à l'analyse. C'est pourquoi le véritable obstacle à la poursuite de la cure s'incarne désormais dans les «mécanismes de défense du moi», qui constituent comme l'habitacle irrémédiablement déformé et infrangible du sujet. Sa carapace reichienne, en quelque sorte. A la mesure de la montée des fascismes, qui ont fait de ce monde un monde (presque) inhabitable à force de mécanismes de défense et de barrières paranoïaques. Il ne reste plus comme espoir que l'unendlich, les transformations silencieuses, les transitions insensibles et les métamorphoses clandestines[32]. Les lucioles dont nous guettons les survivances... Autrement dit, la volonté jamais abandonnée de reconstruire ce qui aura été détruit, comme le promettait déjà en 1915 ce délicieux dialogue de Vergänglichkeit, sorte d'art de vivre freudien. La psychanalyse peut-elle en effet promettre autre chose qu'un art de vivre, modestement, selon les circonstances? Une loyauté à soi-même et aux événements? «Une relation plus honnête au désir et à son acte », comme l'énonce Lacan en écho à telle formule de Freud sur la loyauté. Une éthique de l'infinitésimal, en somme... Mais est-ce un hasard si ce texte de 1937 sur l'infinitésimal, l'indifférence des sexes et le destin malheureux des écrits, constitue en même temps la passation de pouvoir, officielle et quasi juridique, à sa fille Anna, la transmission de la tâche (Aufgabe) à la génération suivante? La tâche, jamais achevée, impossible au sens dont témoignent ces deux autres métiers incontournables, éduquer et gouverner, se transmet néanmoins...Telle est, peut-être, sa seule et unique définition, la contingence...

Les lucioles, chez Freud, se nomment alors libido: cette force fragile qui jusqu'au bout lutte pied à pied, fragment par fragment, contre la constante pulsionnelle de la pulsion de mort qui jamais ne fléchit, une force précaire qui se relève de toutes ses défaites, jusqu'à la défaite ultime. Une force intermittente qui ne cesse d'embobiner la pulsion de mort pour la détourner à son profit, travailler à sa capture et à sa liaison en la leurrant d'un appétit de vivre que le vertige de l'autodestruction finit tôt ou tard, néanmoins, par engloutir. Et qui, au dernier moment, passe la balle à la génération suivante, front à front, sexe à sexe, image à image. Alors, ce n'est plus de manque qu'il s'agit, ce signe sinistre, triste propriété de la névrose, mais d'une perte dont le deuil accompli et renouvelé ouvre à l'espoir concret d'une sublimation...

* * *

[1] Héraclite, Fragment 18, in Jean Bollack, Heinz Wismann, Héraclite ou la séparation , Editions de Minuit, 1972, p. 104. Autre traduction: «S'il n'espère pas, il ne trouvera pas l'inespéré, qui est inexplorable et inaccessible», traduction Frédéric Roussille, Editions Findakly, 1986. On voit par là que les deux verbes «attendre» et «espérer» sont en l'occurrence interchangeables.

[2] Philip K. Dick, Si ce monde vous déplait..., Editions de l'Eclat, 1994, p. 38.

[3] Walter Benjamin, «Sur le concept d'histoire», in Ecrits français, Gallimard, Folio essais, p. 447. Cité par Georges Didi-Huberman, Survivance des Lucioles, Editions de Minuit, 2009, p. 101 et 110.

[4] S. Freud, Traumdeutung, GW II/III, p. 617-618).

[5] «L'image dialectique est une boule de feu qui franchit tout l'horizon du passé», écrit encore Benjamin, ibid. o.c., p. 444.

[6] Walter Benjamin, «La tâche du traducteur», in Œuvres I, Gallimard Folio essais, pp. 244-262.

[7] Définie notamment comme: «traduire l'inconscient en conscient». Cette formule «Die Uebersetzung des Unbewussten in Bewusstes» devient canonique, et se répète dans un très grand nombre de textes, par exemple 27e Leçon d'Introduction à la psychanalyse (1917), GW

[8] Freud, GW V, p. 3-10. «La méthode psychanalytique de Freud». Trad. C.R. Cf. S. Freud, La technique psychanalytique, PUF, 1967, p. 1-8.

[9] GW V, p. 3.

[10] Ibid.o.c., GW V, p. 8.

[11] Ibid.o.c., GW V, p. 8.

[12] De même qu'à l'origine, la méthode cathartique de Breuer, reposait sur «l'élargissement de la conscience» (die Erweiterung des Bewusstseins), ibid.o.c., p. 3.

[13] Ibid. o.c., GW V, p. 10.

[14] GW XV, p. 86.

[15] GW V, p. 13-26. Cf. La technique psychanalytique, PUF, p. 9-22. Freud joue notamment de l'opposition existenzunfähig / existenzfähig - incapables d'exister / capables d'exister, considérant que le «triomphe de la psychanalyse» est de permettre à des personnes «durablement incapables d'exister» de devenir «durablement capables d'exister». L'important à souligner ici étant sans doute la notion de durée (dauernd) qui affecte la capacité (qu'on trouve plus haut dans «capacité d'agir et de jouir»).

[16] Ibid. o.c., p. 18.

[17] «Freud anti-pédagogue», comme le formulait Catherine Millot.

[18] Ibid. o.c., GW V, p. 25. Cf. La technique psychanalytique, PUF, p.21.

[19] GW X, p. 365, Einige Charaktertypen aus der psychoanalytischen Arbeit.

[20] En allemand, Liebe étant féminin, il s'agit d'une éducatrice: le grand éducateur est une grande éducatrice...

[21] Ibid., o.c., p. 365.

[22] Die Zukünftigen Chancen der psychoanalytischen Therapie, GW VIII, p. 104-115. Publié en 1911. Cf. «Perspectives d'avenir de la thérapeutique analytique», in La technique psychanalytique, PUF, p. 23- 34.

[23] GW VIII, ibid., o.c., p. 112.

[24] Ibid., o.c., p. 113.

[25] Ibid., o.c., p. 112. (Traduction C.R.)

[26] Ibid., o.c., p. 112-114. (Traduction C.R.)

[27] Ibid., o.c., p. 115. (Traduction C.R.)

[28] Le terme, rappelons-le, figurait en bonne place dans l'article de 1905. Cf. Ci-dessus.

[29] Georges Didi-Huberman, Survivance des Lucioles, Editions de Minuit, Paris, 2009.

[30] Toute la dernière partie de l'œuvre de Lacan pourrait être envisagée sous cet angle: à la différence de l'optimisme structuraliste des premiers temps, la théorie des nœuds borroméens a cherché à ouvrir un «champ d'images» où la psychanalyse puisse survivre.

[31] GW XVI, p. 59-99.

[32] Cf. François Jullien, Les transformations silencieuses, Editions Grasset, 2009.

 

 

Preparatory Session
For the Convergencia Conference of February 13-14, 2010
"What can we hope for/expect from a psychoanalysis?"
Claude Rabant 
Bamboozling the Death Drive

Ziel: goal, ends, aims, objective, etc. How is the goal of a psychoanalysis defined? What specifies the hope liable to garner such a lengthy expectation? May such a goal be attributed to something? If such a program exists it will necessarily entail numerous points of entry, on numerous levels, and with numerous pitfalls.

By way of suggesting from the outset the diversity of this expectation and the negative variables underlying it, the following quotations are worth noting:

- Heraclitus, Fragment 18: "He who does not expect, will not discover the unexpected (hors d'attente), because such a thing is unobtainable and even impracticable." [1]

- Philip K. Dick: "...but we cannot transform human into android if that human has a tendency to break the law at the first opportunity. Androidization requires obedience. And, above all else, foreseeability."[2]

- Walter Benjamin: "Giving order to (organizer) pessimism means...in the space of political conduct...discovering an image space"[3]

- Freud: "The unconscious is the psychical in the properly real (Reale) sense, according to its internal nature which is as unknown (Unbekannt) for us as the real of the external world and, via the data of consciousness, as incompletely revealed to us as the exterior world by the indications of our senses."[4]

The human is the unforeseeable, as opposed to the foreseeability of the mechanical (android). The purpose of expectation itself is found in that which was not hoped for (l'inespéré), that which is beyond expectation, this "unobtainable and even impracticable thing." As Benjamin makes clear, discovering an "image space" (intensity points)[5] therein makes it possible to give order to pessimism or despair via an active (political) conducting, and not via contemplation alone. The discovery of the unconscious is bound up with this obscure and impracticable navel - an unknown real that to us is as inaccessible as the exterior one, as incompletely given to us by consciousness as the external world is by our senses. Nevertheless, the goal lies therein. At the doorway to this negative constellation let us therefore post the following (like handprints on a cave wall): Unhoped for, unexpected, unforeseeable, impracticable, fireball, unknown, real.

Freud poses the question of the goal of psychoanalysis in terms of a task - Aufgabe - evoking for us the "task of the translator" which Benjamin examined in his famous text. [6] We know that from the outset Freud assigned translation a role at the core of the psychoanalytic method (starting already with the famous Letter 52, now numbered 112 in the new French edition of the Letters to Fliess). Such task of translation[7] is placed into dialectical tension with a requirement, an ideal even, which defines its terms and its limits. This requirement (rather than hope) which guides the unfolding of a psychoanalysis is thus destined to encounter along its path all sorts of resistances, obstacles, potential errors, missteps and impasses; all to such an extent that what we must first and foremost expect from a psychoanalysis are such hazards and pitfalls themselves (Hemmungen), which in the end will decide its fate. In this respect, the practice of analysis is indeed a profession (métier), an active and risky conducting replete with its own successes and defeats, which demands experience and savoir-faire.

Clearly, from the standpoint of the requirement (exigence) itself, as what Kant would term a regulating idea, both the way in and the way out evince a duality, the one exoteric, the other esoteric. The exoteric is pragmatic and stems from the demands/requests (demandes) of patients; the esoteric is scientific and stems from the philosophy of the Enlightenment. There would therefore be a minimal demand (a task and a hope) modeled after both the expectation of the analyzand and what we might call his vital comforting or his tolerance for suffering, and which would aim therefore at the appeasement, if not the suppression, of his symptoms. This end is relative and may be worked out in accordance with the dual dictates of the necessities of life itself: loving and working (according to the formula attributed to Freud, but as we shall see he puts things a bit otherwise). Otherwise put, lifting the bond of the symptom to the extent it impedes life. And then on the other hand there would be a maximum demand (a task and a hope) which patterns itself not only after the necessities of life and the reconciliation of individuals with themselves and their history, but also upon the theoretical appeal of Psychoanalysis to become itself, what we might dub its historical task. This latter task would preeminently concern analysts or those who want to become one, by inscribing Psychoanalysis into a more general program of cultural evolution and the "progress" of civilization. In the final analysis, it sets itself the collective ambition of helping to "civilize the drives."

In 1904's Die freudsche psychoanalytische Methode,[8] whilst describing the principle of his method in the third person, (as he often does in such matters), Freud attributes joint paternity of it to Breuer and himself: "The original method of psychotherapy that Freud practiced and characterized as psychoanalysis grew out of the so-called cathartic method which he exhibited at that time jointly with Breuer in the Studies on Hysteria in 1895. Cathartic therapy was an invention of Breuer's, who had employed it to cure a hysteric a dozen years earlier, and who believed he had penetrated the pathogenesis of her symptom thereby. At Breuer's personal urging, Freud adopted the method and put it to the test of a larger number of patients."[9] Within the original logic of this therapeutic practice, (whose scientific lineage it is worth noting, or what today we might call objective "traceability," Freud was keen to ensure), "one never assigns oneself any other treatment goal (Ziel der Behandlung) than the practical recovery of the patient (die praktische Genesung des Kranken), the reestablishment of his capacity to act and to enjoy (die Herstellung seiner Leistungs - und Genussfähigkeit).[10] It would seem that the formula generally attributed to Freud for defining the common goal of an analysis, its everyday hope - loving and working, stems from this passage, since no other trace of it is to be found anywhere else. And yet as we can see there is considerable ambiguity with respect to that which has been peddled as the truth in this respect: not work (Arbeit) but Leistung: capacity to act, production in general, accomplishment, even exploits; and not love but enjoyment (Genuss). All this leads us to Vergänglichkeit, the text of 1914 in which Freud opposes, to the melancholia of the young poet, a plea in favor of the "enjoyment" (jouissance) of the present, despite its impermanence. The same term Genuss appears there, and as for work, if there is any, it would be that of mourning as source of a renewal of the libido - each of us is accorded a measure of this "capacity to love," but which is articulated as a "capacity to enjoy."

Such is what I dubbed earlier the minimal or minimalist pragmatic requirement for psychoanalysis, in respect of the sole vital necessities of the patient. This demand is tinged, under Freud's pen, with a singular modesty, on a par with its own ideal. Technically, this practical ideal, (the task of the cure - Aufgabe der Kur), would indeed consist in lifting all repressions, filling in all gaps in memory and lifting every amnesia, shedding light on all the enigmatic effects of the psychical symptom, and as a result blocking the return of all suffering. In sum, definitively vanquishing the resistances and enabling the unconscious to reveal itself to consciousness. And yet, Freud concludes, "it must not be forgotten that such an ideal state does not exist even in normal men, and treatment is rarely able indeed to push far enough to draw near it."[11]

Whatever the practical limits imposed on the task of the psychoanalyst, it nevertheless remains perfectly legitimate to invoke the broadening (Erweiterung) of our field of therapeutic action."[12] And yet Erweiterung is the general term under which Freud places the power of psychoanalysis' effectiveness and interpretation - in his prefaces to the succeeding editions of the Three Essays for example. "Despite all these limitations," he asserts therein, "the number of persons who have been treated by psychoanalysis is extraordinarily high, and the broadening of our therapeutic power (die Erweiterung unseres therapeutischen Könnens) by this method," in Freud's own words, "is truly considerable."[13] Later, in the New Introductory Lectures, Freud would assert, via the famous "Wo es war, soll Ich warden," that what is at stake is comforting the ego and rendering it more independent from the superego, in such a manner as to enable it to conquer and appropriate into itself "new fragments of the Id."[14] Thus here as well the broadening and conquest of new territories...

In 1905, in Ueber Psychotherapie, [15] Freud revisits the same set of issues outlined a year earlier in a bit more developed manner. This is the text containing the quote from Hamlet: "'Sblood, do you think I am easier to be played on than a pipe?" (Act II, Scene 2) that Freud reworks into "It is not easy, indeed, to play on the instrument of the mind."[16] On a side note, this is perhaps one of the only passages in which Freud refers to music - he who claimed not to hear anything in it! In this metaphor at least, what goes for music also goes for the analytic task as serialist interpretation...

As early as this period, psychoanalysis was not entirely separated from education. More precisely furthermore, it is in this text from 1905 that Freud proffers the concept of Nacherziehung (retroactive education [éducation après coup]), a term which would persist until his very last writings. There is, in the task of the analyst, a share of "Nacherziehung," of delayed-action education. What is really at stake here though is a kind of "counter-education"[17] or deconstruction, both because the necessity of this "revisiting of [one's] education" inevitably puts the subject's sex life into the hotseat. But also because "no where else have civilization and education done so much harm as in this field, and this is the point, as experience will show you, at which to look for those aetiologies of the neuroses that are amenable to influence; for the other aetiological factor, the constitutional component, consists of something fixed and unalterable."[18] Analysis buts heads therefore with the neurotic's characteristic Sexualabneigung, (aversion to sex), and the incapacity to love, (the Unfähigkeit zum Lieben). Only the deconstruction of the ravages of education can offer hope for change.

In 1915, Freud would add that this retroactive education is made through love.[19] The work to be accomplished (Erziehungswerk), is the passage (progression) from the pleasure principle to the reality principle ("Fortschritt vom Lustprinzip zum Realitätsprinzip"), delay or différance, we might say, via the exchange (or renunciation) of an immediate pleasure for one that is further off but more sure. Or else a passage from childhood to mature man (der reife Mann). But how? Though reason may speak within each of us, without the analyst having to say it anew, its commandments must nevertheless be conveyed by the voice of an other. The analyst thus "takes on the role of this compelling other; he uses the influence that one human being exercises upon another," or more precisely, "the doctor makes use of a certain component of love in his educative work (oeuvre educatrice). He presumably contents himself, in his retroactive upbringing, with repeating the process that in general made the first education possible. Along with the necessities of life (Lebensnot), love is the great educator,[20] and the premature human being is driven by the love of those who are close to him to acknowledge the dictates of necessity and spare himself the penalties of their transgression."[21]

It was to the psychoanalysts gathered for the Nuremberg Conference in 1910, and in their address, that Freud proffered the term "hopes," Hoffnungen, [22] all the while tying it to the odds and the utopia that Psychoanalysis may embody. It is here that we find ourselves entering into the field of the esoteric. This lecture affords a more precise understanding of the passage from the exoteric to the esoteric, and to situate the place of the demand of the Enlightenment within the task of the psychoanalyst, such as Freud then understood it. At stake no longer this time is the sole pragmatic demand which the analyst takes on in respect of the distress of this or that patient for whom existence is to be rendered more tolerable, at stake no longer is a localized therapeutic task; but rather an Allgemeinwirkung, a global work related to a universal or universalizable effect. And it is in this that we place our hopes. "Lastly, I must explain to you what I mean by "Allgemeinwirkung" - the universal effect of our work, and the hopes I have come to place in it."[23]

Such hopes arise perhaps from a utopia, ("this hope may perhaps seem utopian to you"),[24] because they call for a leap from the individual to the collective. They call for not only faith in our "therapeutic power," but belief in the omnipotence of scientific truth. Therein lies a moment of Freudian blindness before the brilliant power of truth. Psychoanalysis shedding light for the masses and chasing away demons, such is what appears to Freud in a burst of apperception, an illumination he entrusts to his disciples thus assembled. Far from the modesty he evinced when addressing the uninitiated, here he charges the initiates with a superhuman task which lays explicit claim to the Aufklärung, and which lodges hope for changing humanity through the unveiling of a scientific truth. This is in 1910. During that same period there was a pedagogical trend known as the "New Pedagogy" that was seeking to transform humanity by replacing repressive education with a more liberal and intelligent one (Montessori, Freinet, etc.). People raised with gentleness and without violence were supposed to in the future spread this gentleness throughout society and free it of violence. Things were indeed about to change by 1915!

Freud's reasoning was simple: the unveiling in analysis of the libidinal sources of the individual's symptom enables its dissolution by lifting the Verleugnung (denial) that constituted him at his origin and perpetuates him thereafter. "As you know the psychoneuroses are displaced substitute satisfactions of drives that we must deny (verleugnen) to ourselves and others."[25] Transpose this principle to society as a whole, and you may hope to heal it of its demons (böse Geister). "In place of a single sick person let us put society - suffering as a whole from neuroses, though composed of sick and healthy members; and in place of individual acceptance in the one case let us put general recognition (allgemeine Anerkennung) in the other. A little reflection will then show you that this substitution cannot in any way alter the outcome. The success which the treatment can have with the individual must occur equally with the community [Mass]...Disclosure of the secret will have attacked, at its most sensitive point, the ‘aetiological equation' from which neuroses arise - it will have made the gain from the illness illusory; and consequently the final outcome...can only be that the production of the illness will be brought to a stop...What will people do if their flight into illness is barred by the indiscreet revelations (Aufklärungen) of psychoanalysis? They will have to be honest, confess to the drives that are at work in them, face the conflict, fight for what they want, or go without it; and the tolerance of society, which is bound to ensue as a result of psychoanalytic enlightenment, (psychoanalytische Aufklärung), will help them in their task." [26]

 

The overarching conclusion to this address to psychoanalysts in order to encourage them in their struggle?: "I should therefore like to let you go with an assurance that in treating you rpatients psychoanalytically you are doing your duty in more senses than one. you are not merely working in the service of science, by making use of the one and only opportunity for discovering the secrets of the neuroses; you are not only giving your patients the most efficiacious remedy for their sufferings that is available today; you are contributing your share to the enlightenment of the community (Aufklärung der Masse) from which we expect (erwarten) to achieve the most radical prophylaxis against neurotic disorders along the indirect path of social authority.[27] Erwarten is the text's last word.

Everything would change in 1915 due to the war, then still only in its beginnings. Freud drops this triumphalist tone of conquest, without nevertheless abandoning all hope - we have yet to reach the Gateway to Hell! It was per force necessary to abandon such a triumphant tone,[28] which implied not only faith in psychoanalytic truth but a confidence in the virtue of social institutions. The prophylaxis benefiting the masses glimpsed on the horizon presupposed both the omnipotence of the scientific truth revealed by psychoanalysis, as well as the benevolent mediation of social authority to ensure its spread. Clearly the lessons of the First World War forbid such pedagogical optimism. The most remarkable consequence of this within the evolution of Freudian theory concerns the drives. The hidden face of this pre-War optimist was in effect the belief in a positive virtue to the drives: it sufficed to unveil their existence at the root of the symptom, to raise the denial that masked them from the both subject and those around him, in order to instigate not only the healing of the symptom, but the generalization of social peace via the liberation of the drives and a collective tolerance extended towards their manifestations. Such at the time was, for Freud, the triple dimension implied by psychoanalytic Aufklärung. However, the drives unveiled by the War were something else entirely from such instruments of healing and peace invoked by these Freudian hopes. Thenceforth the unveiling, effected by the War, of the absurd and ferocious abysses of human being would have to accompany, liked an accursed shadow, the Enlighteners of Psychoanalytic Revelation. More and more, the drives are themselves conveyors of the evil spirits (böse Geister) which their joyous liberation had been meant to dispel. This until the Evil they incarnate becomes bit by bit more and more concentrated in the concept of the Death Drive, a turning point reached in 1920, which thenceforth gathered under its aegis the powers of destruction and death whose first herald now appears to have been Schopenhauer: "life has not other goal than death and every drive the return to an anorganic state."

Quickly put, the entire conception of the civilizing process thereby found itself overturned and, as a result, because of this overturning, Psychoanalysis' pedagogical program was profoundly altered and reined in. The great unveiling of the Psychoanalytic Enlighteners is thenceforth darkened by this Night that has fallen over Europe, leaving nary but the glimmers of a much more modest hope, whose trail we pick up in the famous correspondence with Einstein, at the instigation of the Society of Nations. Taking a page from Georges Didi-Huberman, who borrowed the term from Pasolini, we might call these glimpses "fireflies," tiny luminescent beings who sprinkle their amorous twinklings of an evening.[29] After 1915, Freud's hopes are "fireflies," survivors (traces) of the thence foundered psychoanalytic Aufklärung. Especially at issue in this respect is, on the one hand, recognizing the necessity of the "taming" (Bändigung) of the drives through education and social pressure, (a taming that remains forever reversible and superficial); and on the other hand acknowledging the capacity, thenceforth reserved for an elite, to achieve a veritable "civilization" of the drives deep down, their "ennoblement." Such a mutation (Umwandlung) in the nature of the drives transpired in this case via a previously unheard of physiological mutation in these individuals themselves (see the correspondence with Einstein on pacifism). Even as he continued to maintain, by the way, an expectation for that which was unhoped for, beyond expectation, for the unforeseeable, meaning those profound transformations of society itself which Freud, notwithstanding, never stops referring to as his druthers (Less hardness with individuals! Less repression and useless sacrifices and, as a result, less hypocrisy!); still we may henceforth no longer hold any illusions about the capacity of Psychoanalysis to materially contribute to this, to serve as its fundamental point of leverage. What follows the antebellum positivist scientific optimism is an more stoical ethics, a pessimism without bitterness: marshal despair by deploying an "image space" within the political field.[30] One may no longer expect anything of the "social authorities" in terms of making Psychoanalysis into a collective prophylaxis - such hope having receded to the horizon - and yet the necessity of maintaining such a political (institutional) field open in order to deploy this "image space" and gird the "therapeutic power" of psychoanalysis is as alive and authoritative as ever. Clearly, the hope of a large-scale cure of the collective source of the neuroses is gone, but these fireflies of "psychical treatment" remain (Seelenbehandlung). And since the neuroses have become in a way the everyday fodder of the "society of spectacle;" might this be the reason why in order to forge a locus of resistance it was necessary to turn to the psychoses, their treatment and their lessons? In other words, the Program that characterized the second half of the 20th century, with Lacan and institutional psychotherapy.

In has very last text, Die endliche und die unendliche Analyse[31] in particular (1937), Freud would lay the finishing touch on this evolution: Not only is it out of the question that Psychoanalysis be able to truly "finish" its task, "finishing" is not even concretely within its reach. He was forced to acknowledge the de facto halting his work encountered at a point with both his men and women patients when the refusal of sexuality (long since dubbed Sexualabneigung) inexorably surfaces, a "rejection of femininity" to be more precise, which, in the end, reverts transference love back into resistance to analysis. This is why the true obstacle to the continuation of a cure is thenceforth embodied in the "defense mechanisms of the ego," which constitute a kind of irremediably deformed and impregnable interior for the subject. His Reichian Shell, as it were, on a par with the rise of the fascisms, which made this world (nearly) uninhabitable by means of paranoid barriers and defense mechanisms. No hope remains save the unendlich, silent transformations, imperceptible transitions and clandestine metamorphoses.[32] The fireflies whose surviving vestiges we are forever on the lookout for ...Otherwise put, the never truly abandoned will to rebuild what had already been destroyed, as promised as early as 1915 by this delicious Vergänglichkeit dialogue, a sort of Freudian art de vivre. Can psychoanalysis indeed promise anything other than an art de vivre, modestly, in accord with circumstances? A loyalty to oneself and events? "A more honest relationship to desire and its act," as Lacan put it echoing one such saying of Freud's about loyalty? An ethics of the infinitesimal, in sum...But it is by chance that this text from 1937 on the infinitesimal, the indifference of the sexes and the unfortunate fate of writings, constitutes at the same time an official and quasi-legal handover of power to his daughter Anna, the transmission of the task (Aufgabe) to the next generation? The task, never achieved, impossible to make sense of, (as witnessed by the other two incontrovertible professions, educating and governing), is transmitted nevertheless...Such is, perhaps, its sole and unique definition, contingency...

Thus the fireflies, for Freud, have a name: The libido, that fragile force which wrestles hand to hand, fragment by fragment, against the constant impulsion of the forever relentless Death Drive, a precarious force that rises from its defeats, until the last. An intermittent force that never ceases to bamboozle the Death Drive in order to reroute it to its benefit, working to capture it and bind it by luring it with an appetite for life which the Death Drive's vertiginous self-destruction ends up, sooner or later, nevertheless engulfing. And which, at the last moment, passes the baton to the next generation, face to face, sex to sex, image to image. Thus, it is no longer lack which is at stake - that sad, sinister sign belonging to neurosis - but a loss whose completed and renovated mourning leads to the concrete hope of a sublimation...

* * *

 

ARGUMENT

Erwartung, l'attente croyante est le début du chemin qui mène Freud à la rencontre du transfert, sur quoi il invente la psychanalyse. Ainsi doit-on considérer que ce que l'on peut attendre d'une psychanalyse est d'y faire l'expérience du transfert. Le transfert est la condition sine qua non de la cure psychanalytique. Maintenant, il s'agit de savoir jusqu'où et comment mener ce qui se trouve à mis en chemin par la force du transfert. Ici Freud nous dit : durcharbeiten. Perlaboration n'est peut être pas le seul ni le meilleur des termes pour désigner ce qui fait précisément l'objet de ce colloque.

 

Après Lacan, qui nous indique de pousser les analyses jusqu‚à la traversée du fantasme, que signifie ce terme ? Que désigne-t-il au juste, aujourd'hui ?

 

Alors, qu'attendons-nous d'une psychanalyse en tant que psychanalystes ?

 

Trois cartels de chaque côté de l'Atlantique ont entrepris la tâche de répondre à cette question... Ils organisent dans le cadre de la Convergencia une tournée de psychanalyse : Paris, New York, Buenos-Aires.

Elle commence à Paris à l'initiative de trois associations : le Cercle Freudien, Espace Analytique et Insistance.

Erwartung: the expectation of the faithful is the entryway to the path that led Freud to an encounter with that upon which he invented psychoanalysis, the transference. Thus is must be admitted that an experience of the transference, the sine qua non of the cure, is to be expected from a psychoanalysis. From there however the task is to know how, and how far, to follow that which the force of transference has laid along the path. In this respect, Freud refers to durcharbeiten. „Working through‰ is perhaps neither the only nor the best of terms to designate what constitutes the precise topic of this conference. What does this term mean after Lacan, who tells us to push analyses to the point of the crossing through (traversée) of the fantasm? What exactly does it specify today? What do we as psychoanalysts expect from a psychoanalysis? Three cartels, each from a respective side of the Atlantic, have undertaken the task of formulating responses to these questions. Within the framework of Convergencia they are sponsoring a sort of psychoanalytic tournament spanning Paris, New York and Buenos Aires, to be initiated in Paris by the associations Le Cercle Freudien, Espace Analytique and Insistance.

[1] Heraclitus, Fragment 18, in Jean Bollack, Heinz Wismann, Héraclite ou la séparation , Editions de Minuit, 1972, p. 104. Alternate: "He who does not hope, will not encounter the unhoped for, which is inexplorable and inaccesible," translation by Frédéric Roussille, Editions Findakly, 1986. Here it becomes clear the extent to which the verbs "to expect" and "to hope" are interchangeable in this case.

[2] Philip K. Dick, Si ce monde vous déplait..., Editions de l'Eclat, 1994, p. 38. TR: Translation of the story "If You Find This World Bad, You Should See Some of the Others" (1977).

[3] Walter Benjamin, «Sur le concept d'histoire», in Ecrits français, Gallimard, Folio essais, p. 447. Cité par Georges Didi-Huberman, Survivance des Lucioles, Editions de Minuit, 2009, p. 101 et 110.

[4] S. Freud, Traumdeutung, GW II/III, p. 617-618).

[5] «L'image dialectique est une boule de feu qui franchit tout l'horizon du passé», écrit encore Benjamin, ibid. o.c., p. 444.

[6] Walter Benjamin, «La tâche du traducteur», in Œuvres I, Gallimard Folio essais, pp. 244-262.

[7] Définie notamment comme: «traduire l'inconscient en conscient». Cette formule «Die Uebersetzung des Unbewussten in Bewusstes» devient canonique, et se répète dans un très grand nombre de textes, par exemple 27e Leçon d'Introduction à la psychanalyse (1917), GW

 

[8] Freud, GW V, p. 3-10. «La méthode psychanalytique de Freud». Trad. C.R. Cf. S. Freud, La technique psychanalytique, PUF, 1967, p. 1-8.

 

[9] GW V, p. 3.

 

[10] Ibid.o.c., GW V, p. 8.

 

[11] Ibid.o.c., GW V, p. 8.

 

[12] De même qu'à l'origine, la méthode cathartique de Breuer, reposait sur «l'élargissement de la conscience» (die Erweiterung des Bewusstseins), ibid.o.c., p. 3.

 

[13] Ibid. o.c., GW V, p. 10.

 

[14] GW XV, p. 86.

 

[15] GW V, p. 13-26. Cf. La technique psychanalytique, PUF, p. 9-22. Freud joue notamment de l'opposition existenzunfähig / existenzfähig - incapables d'exister / capables d'exister, considérant que le «triomphe de la psychanalyse» est de permettre à des personnes «durablement incapables d'exister» de devenir «durablement capables d'exister». L'important à souligner ici étant sans doute la notion de durée (dauernd) qui affecte la capacité (qu'on trouve plus haut dans «capacité d'agir et de jouir»).

 

[16] Ibid. o.c., p. 18. TR: English translation from SE VII (1905), p. 267.

 

[17] «Freud anti-pédagogue», comme le formulait Catherine Millot.

 

[18] Ibid. o.c., GW V, p. 25. Cf. La technique psychanalytique, PUF, p.21. TR: English translation from SE VII (1905), p. 267.

 

[19] GW X, p. 365, Einige Charaktertypen aus der psychoanalytischen Arbeit.

 

[20] Since Liebe is feminine in German, the Educator is an Educatress: The Great Educator is a Great Educatress.

 

[21] Ibid., o.c., p. 365.

 

[22] Die Zukünftigen Chancen der psychoanalytischen Therapie, GW VIII, p. 104-115. Published in 1911. Cf. «Perspectives d'avenir de la thérapeutique analytique», in La technique psychanalytique, PUF, p. 23- 34. TR: "Future Prospects of Psychoanalysis," in SE XI (1910), pp. 141-51.

 

[23] GW VIII, ibid., o.c., p. 112.

 

[24] Ibid., o.c., p. 113.

 

[25] Ibid., o.c., p. 112. (Traduction C.R.)

 

[26] Ibid., o.c., p. 112-114. (Traduction C.R.). TR: SE XI, pp. 149-50, slightly modified.

 

[27] Ibid., o.c., p. 115. (Traduction C.R.). TR: "Future Prospects of Psychoanalysis," in SE XI (1910), pp. 151.

 

[28] Le terme, rappelons-le, figurait en bonne place dans l'article de 1905. Cf. Ci-dessus.

 

[29] Georges Didi-Huberman, Survivance des Lucioles (firefly trails), Editions de Minuit, Paris, 2009.

 

[30] The entire latter portion of Lacan's work could be conceived via this angle: unlike the structuralist optimism of the initial periods, the theory of the Borromean Knots sought to open a "field of images" in which psychoanalysis might survive.

 

[31] GW XVI, p. 59-99.

 

[32] Cf. François Jullien, Les transformations silencieuses, Editions Grasset, 2009.