Insistance
Art, Psychanalyse, Politique

Le Tango de l'Archange, de Budapest au 5 rue de Lille


Editions ERES, 2006
- Eva a fait l'expérience de « l'effroyable défaite de la raison, l'inimaginable rechute de l'humanité dans la barbarie »...par la psychanalyse, historienne-analysante, a changé quelque chose dans le réel : elle a pu substituer aux ruines où « il n'y a plus rien », cette nouveauté : « il y a quelque chose ». A. Didier-Weill
LIEN site de Eva Füzesséry

 

 


Eva Füzesséry
,2006

Alain Didier-Weill, psychanalyste

Institut hongrois octobre 2006, 2 extraits

Eva Füzesséry est issue d'une société stalinienne récusant les Droits de l'homme. Tout comme Stefan Zweig le viennois - qui lui aussi a connu, avec l'apparition du fascisme l'effondrement du « Monde d'hier » - Eva a fait l'expérience de « l'effroyable défaite de la raison, l'inimaginable rechute de l'humanité dans la barbarie ». Par la mise en rapport de la Vienne de Zweig et dela Budapest d'Eva, nous sommes confrontés à cet apparent paradoxe : la société fasciste fondée sur la récusation radicale des Lumières produirait les mêmes effets significatifs que la société stalinienne qui, elle, déduite du matérialisme marxiste, prétend s'appuyer sur l'accomplissement total des Lumières. Ce paradoxe intéresse la psychanalyse pour autant qu'il la met en rapport avec son lien conflictuel aux lumières.

J'ai été également très sensible au témoignage par lequel Eva Füzesséry nous transmet la façon dont, par l'intermédiaire de sa rencontre avec Lacan, elle a répondu à son destin et en particulier au destin qui lui était tracé par ses ascendants. Je pense, en l'occurrence, à une lettre adressée par sa mère qui contemplant les ruines de sa demeure, se demande comment, après tout cela, remeubler sa vie ? Cette lettre est très émouvante et importante ; je considère que le livre d'Eva est une réponse que sa mère n'a pas pu apporter à la question qu'elle lui posait : « Quand je pense comment le destin pendant le bombardement fit exploser notre chez nous et détruisit nos très beaux meubles !

... j'ai vu d'un seul coup d'oeil tout le mobilier déchiqueté, réduit en copeaux, les livres troués de balles et recouverts de poussière de plâtre... Et j'ai contemplé les ruines qui étaient les ruines de ma vie même. »

Je vous ai cité ce fragment de lettre pour vous donner une idée de la façon dont, par la psychanalyse, Eva, historienne-analysante, a changé quelque chose dans le réel : elle a pu substituer aux ruines où « il n'y a plus rien », cette nouveauté : « il y a quelque chose ».

 

Catherine Rihoit, romancière

« Le Tango de l'Archange d'Eva Fuzessery est un livre singulier, mais aussi double. Avec la narratrice, on y suit deux pistes, deux routes d'exil. Celle, d'abord, d'une petite fille dans une maison détruite par les bombes, fuyant dans la neige.

La bataille finie, la Hongrie est dans le camp des vaincus. Pour les grandes familles de ce pays ancré dans la féodalité, c'est donc deux fois la fin d'un monde. Et pour la narratrice, le premier exil. Le paradis bucolique de la maison familiale est perdu. La famille tente de préserver, sous le communisme, quelque chose d'une tradition ancestrale. Le fil du passé est aussi celui de l'avenir, c'est tout simplement la vie. Car combien de temps peut-on se contenter de survivre?

Arrivée en France, deuxième exil : et là, dans un amphithéâtre de la Sorbonne, un autre fil permettra de retisser un futur en renouant avec le monde perdu : ce sera la psychanalyse. Car l'héritage qui nous est laissé par cette Europe de la culture que Stefan Zweig appelait «le monde d'hier», c'est l'exploration de l'inconscient. Vienne est devenue, malgré elle et après tout, la capitale d'un autre empire, continent perdu que le génie freudien fait émerger. La jeune femme démunie touche cet héritage inespéré grâce à Lacan, qui l'accueille dans son célèbre cabinet du cinq rue de Lille.»

*

Martine Gallard, psychanalyste, in Cahiers Jungiens

«Le tango de l'Archange de Van Dongen de la couverture est une version moderne du mythe d'Eros et Psyché, mythe que Lacan évoque pour illustrer les mésaventures de l'âme. Représentation mythologique du désir et de la demande par laquelle un sujet tente d'obtenir et de retenir l'objet de son désir. Les quelques témoignages de ses séances avec Lacan m'ont beaucoup intéressée ; ...J'ai compris comment ce "diaboliquement génial analyste" mettait en acte une coupure indispensable entre une représentation-souvenir qui retenait l'être dans le passé et l'imaginaire, puis laissait la personne vivre le temps du vécu catastrophique de la perte pour tendre enfin la main au moment où l'ouverture au symbolique paraissait possible. Ces trois temps viennent faire un clin d'oeil au tango. Benoît Enderlin qui l'a accompagnée dans l'écriture de son texte donne au récit des accents particulièrement touchants.

*

Jean-Pierre Winter, psychanalyste

Institut hongrois, mars 2007

«...en quoi un livre peut être dit un livre de psychanalyse ou un livre de psychanalyste? Probablement ce que je pourrais répondre, qu'il va d'un livre de psychanalyste comme d'une grande œuvre littéraire, c'est-à-dire c'est une œuvre au sens où elle a un effet de résonance qui repousse un peu plus loin les bornes de ce qui nous appartient à tous, c'est-à-dire : je n'en veux rien savoir.»

«Dans son livre, le Tango de l'Archange, Eva pose la question de la liberté au terme d'une psychanalyse... Même si la liberté n'est pas un concept analytique, (..) elle est un effet secondaire ou un effet d'après coup et je crois qu'il y aurait lieu de défendre ce point de vue quand on parle de la psychanalyse, notamment dans notre époque où elle fait l'objet d'attaques si véhémentes.»

*

Jean-Yves Montagu, écrivain, poète, présentation d'E.F. lors de sa conférence au Colloque «inconscient - droit - savoirs» à l'Unesco

«Eva Füzesséry vient donc de la Mittel-Europa, d'un espace impérial où la dualité rêva un instant d'unité avant de sombrer dans le dilemme fondateur : l'homme est toujours double et le plus vrai est l'autre.

Parti de Vienne, ce message descendit de Danube et arriva à Budapest où une jeune fille fuyant le communisme, le porta au 5 rue de Lille. Jacques Lacan la reçut pour une traversée qu'elle raconte dans son livre.A la page 217, on peut lire, à propos de la traversée du pont jeté au dessus de l'abîme des ruptures de sa vie, des paroles que Lacan avait prononcées à l'intention de François Cheng et dans lesquelles Eva Füzesséry se reconnaît.

«D'après ce que je sais de vous, vous avez connu, à cause de votre exil, plusieurs ruptures dans votre vie : rupture d'avec votre passé, rupture d'avec votre culture. Vous saurez, n'est-ce pas, transformer ces ruptures en vide-médian agissant et relier votre présent à votre passé, l'occident à l'orient. Vous serez enfin - vous l'êtes déjà, je le sais - dans votre temps ».

 

*Bibliographie de l'auteur

Traduction du livre d'Imre Hermann concernant un mathématicien hongrois, inventeur de la géométrie non-euclidienne, en collaboration avec Nicole Sels: Jànos Bolyai, La naissance d'une pensée in Parallélismes, Éd. Denoël, 1980. (ce recuil contient des articles de Hermann concernant d'autres savants, notammanet Fechner, Darwin, Hilbert, Cantor, Russell, Brouwer)

La rencontre privilégiée de la Hongrie avec la psychanalyse, in Cahiers d'études hongroises, Centre Interuniversitaire d'Etudes Hongroises, 1989/1

Jacques Lacan munkássága - L'Oeuvre de J. Lacan, numéro spécial de la revue Thalassa de la Société Ferenczi à Budapest, rédacteur Ferenc Erös avec Eva Füzessery, et divers participants hongrois et français 1993/2

participation aussi d'Alain Didier-Weill: La situation de la psychanalyse en France en

1989, entretien d'Alain Didier-Weill et de Guy Petitdemange, in Etudes, traduit en hongrois par Eva Füzesséry

A csalàdi tudattalan transzgeneràcios hatàsai, Thalassa, Budapest, numéro spécial sur l'Holocaust; 1994/1-2,

cette étude est parue en français sous le titre Les effets transgénérationnels du savoir inconscient parental

 Il était une fois Lacan... Egyszer volt hol nem volt Lacan, in Megtalàlt nyelv (La langue retrouvée) rédacteurs Fitter Andrea et Erös Ferenc, Ed. Uj mandàtum, 2001

Le Tango de l'Archange

de Budapest au 5 rue de Lille, Ed. ERES 2006