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ELECTION DU DIRECTOR GENERAL DE L'UNESCO


LETTRE OUVERTE AU FUTUR DIRECTEUR DE L'UNESCO
Il y a depuis 60 ans un pacte très particulier entre l'Unesco et les Droits de l'Homme

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lieu : Paris

7 au 23 septembre 2009

Je rappelle les faits:

Le 10 décembre 1948, dans l'après-coup des horreurs de la seconde guerre mondiale, les peuples des nations unies furent conduits à confirmer la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789, en réaffirmant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constituaient le fondement de la liberté de la justice et de la paix dans le monde.

Quelques heures après cette déclaration, écrite par René Cassin et Eléonore Roosevelt, la conférence générale de l'UNESCO, réunie à Beyrouth, adopta par acclamation une résolution chargeant le directeur général « de stimuler la diffusion d'information relative à la Déclaration Universelle ».

Depuis cette date symbolique où elle a accueilli cette charge, l'UNESCO est la gardienne de la Déclaration des Droits de l'Homme et elle l'est avec une constance qui doit être saluée. Cette action méritoire fut rendue possible par le fait qu'elle fut conduite sous l'autorité de directeurs qui furent choisis pour être des hommes de paix et de culture au service du pacte passé le 10 décembre 1948 avec la Déclaration Universelle.

Or depuis un mois la communauté internationale est interpellée par une question dont le caractère paradoxal est le suivant: nous apprenons, par les médias, qu'en octobre prochain les représentants de l'Unesco désigneront, parmi 9 candidats celui qui sera le prochain directeur.

Ce qui est pour le moins étrange tient à deux choses: d'une part aucune véritables informations ne sont transmises sur la personnalité des différents candidats sauf sur celle qu'on nous présente comme le favori: Monsieur Farouk Hosni.

Chose plus étrange encore, les médias nous apprennent que celui à qui l'Unesco s'apprête à confier la direction d'une institution visant à être la gardienne des Droits de l'Homme, serait précisément un homme dont un certains nombres d'actes et de déclarations antisémites publiques, manifesterait sans ambiguïté sa non adhésion au pacte originaire de 1948 avec la Déclaration Universelle (Le Monde, article de Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann, Elie Wiezel, 22 mai 2009).

Ce projet de nomination est-il le fruit de compromis politiques dont nous ne sommes pas avertis ou le fruit de quelque chose de beaucoup plus profond? à savoir l'expression d'une force inconsciente poussant notre société, et à travers elle l'Unesco, à tout simplement oublier la véritable signification des Droits de l'Homme? La notion de Droits de l'Homme ne tendrait-elle pas à une perte de sens si extrême qu'elle permet, par exemple, à Monsieur Hosni de se présenter à la fois comme un ardent défenseur des Droits de l'Homme et à la fois comme un défenseur des thèses de Roger Garaudy?

En l'occurrence le problème posé n'est peut-être pas tant, celui de l'état d'esprit d'un homme qui ne serait pas capable de percevoir à quelle contradiction il s'expose mais d'un nouvel état d'esprit général envers la perte du sens des mots. Car les mots s'usent et si le gardien du foyer qu'est l'Unesco - dont la charge est de maintenir la flamme du sens - cesse d'entretenir le brasier, certains mots tels que «liberté, égalité, fraternité» qui eurent un jour le pouvoir d'embraser des peuples, peuvent perdre leurs signifiances brûlantes et devenir anesthésiés, comme frappés de frigidité.

Est-il possible de restituer à de tels mots le pouvoir nouveau qu'ils ont acquit en sortant, un jour, du néant où ils étaient avant d'éclore? Telle est la question que nous posons aujourd'hui à celui ou à celle qui assurera dans quelques mois la prochaine présidence de l'Unesco: «es-tu prêt, es-tu disposé à assumer au présent, la façon dont ces mots ont frayé, à travers de multiples conflits, les millénaires, pour parvenir jusqu'à nous en faisant éclater, d'abord en France et puis en Europe et enfin dans les pays colonisés, des révoltes qui changèrent le monde?

Es-tu, par exemple prêt à reconnaître aujourd'hui la signification de la stupeur enthousiaste à travers laquelle les sans culottes parisiens qui ne connaissaient que leurs devoirs dictés par la trinité chrétienne, découvraient l'existence sidérante d'une trinité laïque qui les faisait d'une certaine façon héritiers de l'histoire: à travers le mot «liberté» ils héritaient du passé biblique, à travers le mot «égalité» du passé grec, à travers le mot «fraternité» du christianisme primitif.

Mais bien au-delà de cet héritage historique ils devenaient, comme tous ceux qui avaient été colonisés par des royautés agissant au nom d'un supposé droit divin, héritiers d'une réalité transcendant l'histoire: l'héritage des Lumières leur faisait découvrir un réel insoupçonné: qu'il existait un nouvel universel, laïque, donnant lieu à l'apparition d'un droit universel à être Homme.

Sais-tu que même parmi certains aristocrates, ce vent d'enthousiasme souffla au point de conduire certains d'entre eux, une certaine nuit du 4 août 1789, à découvrir que le privilège de faire parti de l'universel genre humain outre passait l'attachement à leurs antiques privilèges?

Il est important, monsieur le prochain directeur que je te pose cette question car s'il n'y a pas en toi cet attachement, cet enthousiasme irraisonnable, voire amoureux, pour ce surgissement toujours aussi nouveau, de l'idée de «l'Homme», tu pourrais ne pas résister au découragement et à la tentation de renoncer à croire au droit naturel de l'homme à "naître" homme, à " être" homme et à demeurer homme jusqu'à sa fin.

Il est en effet extraordinairement étonnant de mesurer l'importance des forces qui peuvent s'opposer à la reconnaissance de ce droit: la première est liée à la division par laquelle l'homme est poussé à ne pas méconnaître la loi mais à méconnaître le droit naturel de l'autre homme: le délinquant qui frappe son prochain se sait coupable par rapport à la loi tandis que le raciste blanc qui frappe son prochain parce qu'il est noir ne sait pas qu'il est un délinquant.

Comment feras-tu pour garder ta foi dans le droit naturel quand, comme La Boétie, tu auras à constater l'existence de la passion de l'homme pour la servitude volontaire envers le tyran? La Boétie fut peut-être le premier en effet à avoir eu l'intuition du pouvoir de cette voix intérieure - le surmoi - que Freud découvrit au cœur du conflit humain. Par ce conflit l'homme se trouve être l'enjeu de deux injonctions :

la première dit à l'homme: «là où c'était, la graine d'homme, adviens à l'existence humaine!» tandis que la seconde contre dit la première en disant: «n'advient pas! tu n'as pas la liberté d'exister, tu n'es pas l'égal de l'autre homme, il n'y aucune fraternité entre toi et lui».

L'énigme absolue qui est au cœur de l'homme tient au fait qu'il puisse être conduit à obéir passionnément à cette voix tyrannique qui, depuis Saint-Paul et Saint-Augustin, s'appelle la voix du péché originel. Obéir à cette voix signifie-t-il sortir de la culpabilité? Certainement pas puisque d'après le dogme cette culpabilité est consubstantielle à l'existence humaine au point qu'il n'est pas excessif de dire que le premier bouc émissaire c'est l'homme lui-même dès qu'il prétend exister de façon libre, sans avoir à en confesser la faute.

A cet égard t'es-tu déjà demandé pourquoi la première grande voix révolutionnaire fut celle de Jean-Jacques Rouseau? Parce que en proposant de dire que l'expérience du mal n'était pas métaphysique mais physique, ne relevait pas du péché originel mais de la malignité du contrat social liant le peuple à son souverain, Rousseau ouvrait un champs radicalement nouveau: non seulement l'homme pouvait réinventer un nouveau contrat social mais, au sein de ce nouveau lien social il devenait possible de ne pas traiter la question du mal de façon métaphysique: il devenait désormais possible de regarder en face le mal qui, dans cette perspective laïque, apparaissait enfin dans sa complexité, et de ne plus le regarder, avec la simplification absolue que le regard de l'inquisiteur trouvait, dans le bouc émissaire.

Par rapport à ces boucs émissaires que l'Inquisition fit jadis brûler par milliers en les nommant «sorcières», «juifs» ou «hérétiques», que feras-tu, pour faire mieux qu'elle, quand elle se fait entendre , par exemple, à «Durban», quand tu seras le nouveau directeur de l'Unesco?

Seras-tu, par ton regard raisonnable, capable de voir suffisamment loin vers l'universel humain pour ne pas céder à la tentation simplificatrice d'une vision métaphysique du monde?

Enfin, ta décision de postuler à la direction de l'Unesco qui traduit ta capacité d'indignation contre l'injustice, va te confronter à cette difficulté insurmontable qu'on pourrait ainsi résumer: dire «non» à l'injustice n'est pas l'équivalent de dire «oui» à la justice.

Evidemment le faIt de dire «non» à l'injustice est louable car il tend à supposer qu'une telle révolte est le fait d'un sujet épris de justice. Qu'est ce qui permettrait en effet d'oser contester l'amour supposé de la justice?

Une chose: l'histoire.

C'est en effet l'histoire qui, dans l'après-coup, et dans l'après-coup seulement, nous apprend que la légitime révolte contre l'injustice sociale peut révéler, si sincère soit-elle, qu'elle dissimulait en fait, comme le démontra le destin d'un Staline, d'un Hitler ou d'un Pol Pot, un déni radical de justice. Déni méconnu de tous et peut-être même des protagonistes eux-mêmes.

Mais c'est encore une fois l'histoire qui, dans l'après-coup, nous révèle quand l'indignation contre l'injustice ne voile pas un déni de justice mais dévoile au contraire - et je songe par exemple ici à Gandhi, à Mandela et à Luther King - une soif de justice.

A cet égard, dans le fracas des cris qui montent dans le monde contre l'injustice n'appartient-il pas au futur directeur de l'Unesco d'être l'un de ceux qui sache entendre dans ces cris s'ils renvoient à un appel à la justice ou à un déni de justice?

Pour conclure je fais le vœu que le vote qui décidera de la prochaine présidence de l'Unesco puisse se porter sur un homme, ou une femme, qui sache ceci: l'homme, avant d'être le fils de tel pays, de telle religion, est avant tout fils de la parole. Cela veut dire qu'au-delà de la détermination qu'il reçoit de son clan, demeure en lui un indéterminé d'où il est possible de faire le deuil de la haine du bouc émissaire et d'où il est possible de donner un sens au mot «liberté» ainsi qu'au mot «universel»: si les Hommes ont un ancêtre commun, qui est le langage, ils sont par là même liés par un lien de fraternité symbolique qui n'a que faire de la consanguinité. Lien aussi d'égalité car ils reçoivent également en partage le don de la parole.

J'adresse mon salut à ceux des responsables de l'Unesco qui pourraient être les bons entendeurs d'un tel vœu.

Alain Didier-Weill

 

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Unesco: liste des candidats au poste de Directeur Général

Le directeur général sortant, le Japonais Koïchiro Matsuura, dont le deuxième mandat prend fin en novembre 2009, avait été élu en 1999 et réélu en 2005 et n'est plus rééligible pour un troisième mandat.

La course à l'élection d'un directeur général pour l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) est lancée. Selon le président du Conseil exécutif de cette institution, l'ambassadeur Olabiyi Babalola Joseph Yaï (Bénin) qui a fait l'annonce lundi, neuf candidats sont actuellement en lice pour remplacer l'actuel directeur, le Japonais Koïchiro Matsuura.

Par ordre chronologique de réception de leur candidature on compte:

Ina Marciulionyte (Lituanie), proposée par la Lituanie, la Lettonie et l'Estonie

Mohammed Bedjaoui (Algérie), proposé par le Cambodge

Irina Gueorguieva Bokova (Bulgarie), proposé par la Bulgarie;

Farouk Hosny (Egypte), proposée par l'Egypte, le Soudan, le Koweït et la Jamahiriya arabe libyenne

Sospeter Mwijarubi Muhongo (Tanzanie), proposé par la Tanzanie

Alexander Vladimirovich Yakovenko (Fédération de Russie), proposé par la Fédération de Russie

Ivonne Juez de A. Baki (Equateur), proposé par l';Equateur;

Benita Ferrero-Waldner (Autriche), proposée par l'Autriche et la Colombie

Nouréini Tidjani-Serpos (Bénin), proposée par le Bénin.

 

Le Conseil exécutif doit examiner ces candidatures et proposera un nom lors de sa 182e session (7 au 23 septembre), juste avant la 35e session de la Conférence générale qui nommera le nouveau directeur général.

Selon l'Acte constitutif de l'UNESCO, le directeur général est proposé par le Conseil exécutif et nommé par la Conférence générale pour une période de quatre ans. Il peut être nommé pour un second mandat de quatre ans, au terme duquel il n'est plus rééligible.