Insistance
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La psychanalyse, les Lumières et l'esprit révolutionnaire


 
Colloque d'Insistance
La Sorbonne (salle Louis Liard)
LA CONVENTION FAIT LE PROCÈSDE SIGMUND FREUD

De la fiction  Frédéric Bieth Alain Didier-Weill

Pour rendre compte de certains aspects de l'apparition de la raison et de la déraison européenne, des psychanalystes ont été amenés à miser sur la fabrication d'une fiction collective: si Freud avait vécu au Siècle des lumières, comment ce siècle l'aurait-il interprété? Comment les salons l'auraient-ils discuté? Les grands conventionnels de 1793 auraient-il reçu l'hypothèse de l'inconscient comme un levier ou au contraire comme un danger pour la révolution? Une telle interrogation ne pouvait s'établir qu'en prenant, préalablement, la mesure des sources, de l'influence que constituaient les Lumières, et cela au moins comme principes effectifs des discours révolutionnaires. Les textes ci-dessous, effets d'une telle question, sont aujourd'hui publiés après avoir été mis en espace à la Sorbonne en janvier 2007. Outre la fiction composée du Salon de la Marquise du Deffant, qui atteste de la faille dans l'histoire du droit naturel dans laquelle l'esprit de 1793 pourra s'engouffrer et donner toute l'amplitude au procès fait par la Convention à S. Freud, nous joignons à cette écriture, les communications, articles suscités par ce travail. Ainsi, peut-être, les lecteurs seront-ils frappés, comme nous l'avons été nous-mêmes, des possibilités de transmission permises par le biais fictionnel?

Ont écrit les textes et et interprété les rôles suivants:

Gérard Albisson: Marat
Fabienne Ankaoua:Théroigne de Mericourt
Frédéric Bieth Jean:Jacques Rousseau
La voix du peuple : Juspel
Anna Marie Bourelly: Madame Roland Florence
Camoin : Marie-Antoinette
Jean Charmoille: Condorcet
Cécile Chavel: Olympe de Gouges
Alain Didier-Weill: Robespierre, Olympe de Gouges, Saint-Just, Marat, Danton, Abbé Grégoire, Fouché, Theroigne de Méricourt, Hébert
Anna Leibovici: Julie de Lespinasse
Tamara Landau: Les tricoteuses
Paolo Lollo: Saint Just
Michel Malandrin: Hébert - Le peuple
Paola Mieli: Le marquis de Sade
Mitchelé: La marquise du Deffand
Jean Yves Montagu :d'Alembert
Jean Noel: Le Président de séance
Philippe Krejbich: Fouché
Fréderic de Rivoyre: L'Abbé Gregoire - Le peuple
Michel Rossignol: Danton
 

lieu : Paris

27 Janvier 2007

Affiche cliquez ici:  Colloque

LA CONVENTION FAIT LE PROCÈSDE SIGMUND FREUD

PRÉSIDENT
Citoyens, citoyennes, les Autrichiens, en violant nos frontières, manifestent le mépris que les tyrans auront toujours pour un peuple commele nôtre, qui s'affranchit de l'esclavage et qui découvre le droit au combat. Leur perversité, citoyens, consiste à associer à la force de leurscanons qui attaquent notre sol national, la tentative de s'en prendre à l'âme de notre nation en essayant de la corrompre par l'entreprise d'un livre d'un d'entre eux, le docteur Sigmund Freud, qui prétend, citoyens, que le bonheur n'est pas accessible à l'homme car son malaise serait d'après lui le tribut nécessaire à payer l'existence de la civilisation. Certes, le peuple gagne sa liberté au prix de nombre de sacrifices, et nos ennemis, qu'ils soient intérieurs ou extérieurs, n'ont de cesse de faire obstacle à cette conquête. La lutte est dure, et le peuple aura encore tendance, lorsque le bonheur lui paraîtra encore trop inaccessible, àmurmurer. Si l'oeuvre de cet obscur savant autrichien avait cettefâcheuse tendance à nourrir le murmure du peuple pour le convertir en rébellion contre sa propre souveraineté, il conviendrait alors de juger ce savant devant le tribunal révolutionnaire. La séance est ouverte, je donne la parole à Saint-Just.

SAINT-JUST
Citoyens l'heure est extrême, nous venons depuis quelques jours -depuis le 10 mars - de créer un tribunal révolutionnaire qui va nous donner les moyens, en nous permettant d'éliminer les éléments impurs de la Nation, de donner le plus de chance possible à la réalisation de nos principes sacrés. J'entends certains murmurer : ce tribunal qui agit pour sauver les libertéspubliques ne contrevient-il pas de fait à l'idée que nous avons de la liberté ?Eh bien oui, Citoyens, c'est vrai il contrevient à l'idée la plus banale quenous nous faisons de la liberté, mais il s'agit là d'une idée courte, qui ne juge qu'en fonction de ce qui est immédiatement présent et ne juge pasqu'un malheur présent peut être mis au service d'un bonheur éloigné. Pour vous faire comprendre, Citoyens, que le but de ce tribunal est d'être suspendu aussitôt que, sa tâche accomplie, rien ne s'opposeraplus à l'exercice d'une vertu publique ne requérant plus la terreur, jeprendrai pour exemple ce que nous enseigne l'autrichien Freud dontnous examinons aujourd'hui l'étrange théorie.Freud a découvert, Citoyens, que ce qu'il appelle une psychanalyse est un processus de révolution permanente, peut-être comparable à la nôtre, quiprend du temps : Le temps que puisse être mise à mort, lors de la fin d'une psychanalyse, la persécution interne qui nous habiterait - et que l'Église anommé péché originel - en nous empêchant d'accéder au bonheur. Pour Freud cette persécution interne qui tiendrait à ce que demeure ennous le fantôme du tyran qui a été mis à mort, doit cesser avec la fin d'unecure psychanalytique. Pourquoi est-ce possible ? Parce que arrive enfin un moment où une sorte de tribunal intérieur peut mettre à mort ce spectreet restituer à celui qui était tremblant d'effroi, la liberté dont il était privé.Voyez-vous ce que je cherche à vous dire ?

HÉBERT

On ne voit rien du tout ! ...

Revue Insistance n° 3